Malley Phare : Du signal urbain à l’architecture contextualisée

Pensé comme un point de repère dans un quartier en pleine mutation, le projet s’élevant au-dessus du centre « Malley Lumière » peut-il encore être un phare dans une mer de tours ?

Saad Dost et Velican Orge

Malgré nos nombreuses démarches visant à obtenir des entretiens avec les différents acteurs impliqués dans ce projet, aucune de nos sollicitations n’a reçu de réponse favorable. Par conséquent, cet article a été rédigé principalement à partir de sources documentaires et d’informations accessibles en ligne.

Un repère urbain

Une surélévation innovante

À l’heure où les villes se densifient de manière croissante, le quartier de Malley Viaduc connaît une transformation rapide, notamment à travers le développement du secteur de Malley, considéré comme « l’une des plus importantes friches urbaines de Suisse »1. Cette mutation, amorcée entre autres par la construction de la Vaudoise aréna, s’accompagne d’une intensification progressive du tissu bâti et d’une évolution vers des formes plus verticales.

C’est dans ce contexte que s’inscrit le projet Malley Phare, conçu par le bureau lausannois CCHE. Le bâtiment prend place au-dessus du centre commercial de Malley Lumière, dans une logique de surélévation visant à exploiter un foncier déjà construit, tout en participant à la densification du site.

S’élevant sur 14 étages supplémentaires et atteignant plus de 60 mètres de hauteur, la tour accueille près d’une centaine de logements, allant du studio au 4,5 pièces. À cela s’ajoutent des espaces partagés, tels qu’un rooftop et des zones de coworking, venant compléter les fonctions déjà présentes dans le centre existant2.

Au-delà de ses aspects programmatiques, le projet se distingue également par son approche constructive. L’utilisation majoritaire du bois, représentant environ 80 % de la structure, constitue un élément central du projet3. Ce choix technique marque une évolution importante dans les modes de construction en hauteur, là où ce matériau était encore récemment limité pour des raisons réglementaires et techniques.

Image de synthèse de la façade de la tour © CCHE

Une architecture emblématique

Dans un territoire en pleine transformation, la question du repère devient essentielle. L’apparition d’un élément de cette envergure permet de structurer la perception du lieu, en offrant un point d’ancrage visuel et une nouvelle dimension symbolique dans un environnement en constante mutation.

Malley Phare s’inscrit pleinement dans cette logique. Par sa hauteur, sa position et son expression architecturale, il se présente comme un élément identifiable, capable de signaler la présence d’un nouveau pôle urbain.

Cette volonté se traduit également dans le traitement de sa façade, dont l’expression apparaît, au premier abord, particulièrement pragmatique. Contrairement à de nombreuses tours résidentielles contemporaines, où l’image architecturale repose principalement sur une recherche de l’esthétique, la façade de Malley Phare semble davantage guidée par des considérations techniques et environnementales. La présence marquée de panneaux photovoltaïques, faisant écho aux objectifs du label 2000 Watts appliqué à l’ensemble du site, participe activement à l’identité visuelle du bâtiment4.

Ainsi, bien que son apparence puisse surprendre au premier regard et s’éloigne des standards que l’on retrouve fréquemment dans les tours résidentielles contemporaines, cette singularité contribue à rendre l’édifice immédiatement reconnaissable au sein d’un tissu urbain de plus en plus dense. Sa façade atypique devient alors un élément distinctif qui participe à son rôle de repère urbain.

On peut dès lors se demander si cette identité architecturale participe également à la notion de « phare » revendiquée par le projet.

Image de synthèse de la structure et de la façade de la tour © CCHE

La symbolique du phare 

Le bâtiment fait explicitement référence à cette notion, ce qui ouvre la porte à plusieurs interprétations.

En prenant en compte ces différents éléments, le terme de « phare » apparaît particulièrement significatif. Il renvoie à une image forte, celle d’un objet visible de loin, capable de guider, de signaler et d’orienter.

Dans le domaine maritime, le phare a toujours été perçu comme une lumière permettant de retrouver son chemin malgré l’instabilité de la mer. Par analogie, la tour pourrait ainsi être envisagée comme un point fixe dans un environnement urbain en mouvement, offrant un repère commun et une forme de stabilité dans un contexte en constante transformation.

L’idée du projet est d’ailleurs de prolonger symboliquement la lumière du centre commercial situé en dessous, en venant amplifier sa présence et en permettant à l’ensemble de rayonner à une échelle plus large, contribuant ainsi à l’activation du site.

Néanmoins, l’analogie avec le phare implique une condition essentielle, pour exister en tant que tel, un phare doit pouvoir se distinguer clairement de son environnement. Sa force réside dans sa singularité et dans sa capacité à être immédiatement identifiable dans le paysage.

Toutefois, la symbolique portée par la tour peut être nuancée. L’apparition de tours voisines tend à atténuer son caractère de repère, tandis que la référence au phare relève davantage d’une métaphore urbaine que d’une réelle correspondance architecturale.

Phare de la vieille © Bastenbas

Une icône banalisée

Une figure dominante à l’origine

Lors de sa conception, Malley Phare s’imposait comme un élément majeur du quartier grâce à sa forte verticalité. En effet, dans un secteur en pleine mutation, la tour constituait un repère facilement identifiable, visible depuis de nombreux points de vue. Elle participait ainsi activement à la construction de la nouvelle image de Malley et à l’affirmation de son renouveau urbain.

Par sa hauteur, son implantation au-dessus du centre commercial Malley Lumière et son architecture singulière, le projet incarnait les ambitions du développement du quartier. Plus qu’une simple tour de logements, il aspirait à devenir le symbole d’une nouvelle étape dans l’évolution de Malley-Viaduc.

Cette position dominante participait directement à la métaphore du phare. À l’image d’un signal dans le paysage, la tour se distinguait clairement de son environnement immédiat et affirmait sa présence à l’échelle du territoire. Sa visibilité et sa singularité lui permettaient alors d’assumer pleinement son rôle de repère urbain.

Photo de chantier © Unknown

Une densification qui redéfinit son statut

Néanmoins, le développement du quartier a progressivement modifié cette situation. En effet, l’émergence de nouvelles constructions de grande hauteur, telles que la Tilia Tower ou encore la tour Central Malley, a profondément transformé la silhouette urbaine du secteur.

Bien que la tour conserve une identité architecturale forte, notamment grâce à sa façade et à son système constructif, sa domination visuelle s’est progressivement atténuée. Là où elle devait à l’origine occuper une position privilégiée et presque solitaire dans le paysage, elle s’inscrit aujourd’hui dans un ensemble de tours qui participent collectivement à la nouvelle « skyline » du quartier.

Cette évolution soulève ainsi une question intéressante, une icône urbaine peut-elle réellement conserver son statut lorsque les éléments qui faisaient sa singularité deviennent progressivement communs et standardisés ?

La valeur symbolique de la tour semble ainsi s’être déplacée. D’objet exceptionnel incarnant le renouveau du quartier, elle est devenue l’un des éléments constitutifs d’un paysage urbain plus vaste. Son rôle de repère solitaire apparaît désormais plus nuancé, au profit d’un système de repères multiples qui structurent collectivement l’identité du quartier.

Ainsi, plutôt que d’être l’unique signal urbain du secteur, Malley Phare participe aujourd’hui à la construction d’un ensemble cohérent d’émergences verticales. Le quartier fonctionne alors comme une nouvelle centralité métropolitaine, dont l’identité ne repose plus sur un seul bâtiment emblématique, mais sur la complémentarité de plusieurs repères urbains.

Axonométire du quartier © Unkown

Une ambition paradoxale

Le paradoxe écologique

Si l’on se penche sur les ambitions du bâtiment, et donc sur le discours porté par les concepteurs de la tour, on constate que celle-ci se présente comme un projet  « phare en matière de développement durable » 5. En effet, sa structure majoritairement réalisée en bois, ainsi que son respect des objectifs du label 2000 Watts, participent fortement à cette image de bâtiment écologique.

Néanmoins, cette ambition peut être quelque peu remise en question. Bien que le bois permette de réduire une partie de l’empreinte carbone liée à la construction, la question de la typologie du bâtiment demeure. Peut-on réellement considérer une tour de plus de 60 mètres de hauteur comme un modèle d’écologie ?

Un paradoxe apparaît, le projet cherche à promouvoir une démarche écologique grâce à son système constructif, tout en privilégiant une forme bâtie dont la hauteur engendre inévitablement d’importantes contraintes sécuritaires, techniques et structurelles.

Par ailleurs, le projet repose sur le socle en béton du centre commercial existant. Bien que la surélévation permette de valoriser une infrastructure déjà construite et d’éviter d’impacter de nouveaux sols, elle s’appuie néanmoins sur un bâtiment dont l’impact environnemental demeure lui aussi conséquent.

Ainsi, sans remettre en cause les qualités environnementales du projet, cette réflexion invite alors à s’interroger sur les limites de l’architecture durable lorsqu’elle est confrontée aux logiques de densification verticale.

Photo de la tour sur son scole © CCHE

Le paradoxe socio-culturel6

Un autre paradoxe réside dans la volonté des architectes de promouvoir la tour comme un nouveau pôle socio-culturel pour le quartier.

Si ce terme paraît pertinent à l’échelle du quartier de Malley-Viaduc dans son ensemble, il semble plus difficile à appliquer à la tour seule. En effet, celle-ci accueille principalement un programme résidentiel, complété par quelques espaces partagés. Cela ne paraît pas suffisant pour en faire un véritable pôle socio-culturel.

La centralité du quartier repose davantage sur la complémentarité des infrastructures environnantes, telles que le centre commercial de Malley Lumière, la Vaudoise aréna ou encore les nouveaux développements urbains, que sur la tour elle-même.

Ainsi, l’ouvrage est difficilement qualifiable de pôle socio-culturel à lui seul. Il participe néanmoins à la création d’une nouvelle centralité allant dans ce sens.

Et demain ?

Finalement, au travers de ses qualités comme de ses paradoxes, Malley Phare illustre les ambitions et les défis de la ville contemporaine. Initialement pensé comme un signal urbain, l’ouvrage voit aujourd’hui son rôle évoluer au rythme des transformations de son environnement.

Ainsi, la question n’est peut-être plus de savoir si la tour agit encore comme un phare, mais plutôt de comprendre comment un ouvrage conçu comme un symbole peut continuer à exister lorsque son contexte évolue et se construit autour de lui. 

Dessin du futur quariter © Tribune de Genève

Notes

  1. https://www.chantiersmagazine.ch/dossiers/tour-malley-phare/
  2. https://cche.com/fr/projets/malley-phare/
  3. https://www.rts.ch/info/regions/vaud/14195281-la-premiere-tour-residentielle-en-bois-de-suisse-romande-se-construit-a-malley.html
  4. https://solarchitecture.ch/fr/malley-phare/
  5. https://solarchitecture.ch/fr/malley-phare/
  6. https://cche.com/fr/projets/malley-phare/

Sources 

https://cche.com/fr/projets/malley-phare

https://www.rts.ch/info/regions/vaud/14195281-la-premiere-tour-residentielle-en-bois-de-suisse-romande-se-construit-a-malley.html

https://www.tdg.ch/deuxieme-test-pour-le-bouquet-de-tours-de-malley-227829649389

Iconographies

https://cche.com/fr/projets/malley-phare

https://www.admagazine.fr/galerie/plus-beaux-phares-monde

https://www.tdg.ch/deuxieme-test-pour-le-bouquet-de-tours-de-malley-227829649389

Données générales 

Architecte : CCHE

Site architecte : https://cche.com/fr/

Maître d’ouvrage : SUVA

Lieu du projet : Lausanne

Année du projet : 2022 – en cours

Année de livrai du projet : Prévu 2027                            

Localisation : 46.52757085754987, 6.60149799778735

Ensemble

Forme urbaine : Tour

Grandeur de l’ensemble (m2) (SP selon SIA 416) : 13’187 m2     

Nombre de logements : 96        

Surface de la parcelle : –

CUS : –

COS : –

Immeuble

Nombre de niveaux : 14 – 15

Diversité d’appartement : 1,5 – 4,5 pièces

Forme de distribution : –

Profondeur morphologique (ml) : 30

Profondeur moyenne :  30

Typologie

Profondeur typologique max (ml) : –

Figure typologique représentative : –

Organisation en coupe : –

Orientation des/du logement(s) : 4

Infos

Structure – matériau : Bois

Structure – type : Légère

Façade – type : Non-porteuse

Façade – matériau : Panneaux photovoltaïques

P.S. : L’IA a été utilisée pour la correction orthographique, syntaxique et stylistique du texte, notamment afin de limiter les répétitions. L’image de titre a également été modifiée grâce à l’IA, notamment pour créer l’effet de tableau.

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