Les trois atriums du bâtiment Amy à Renens permettent une transition entre le tumulte des quais et l’intimité des appartements. Pourquoi ces espaces peinent-ils à produire les usages collectifs envisagés?
Téo Chardenoux et Loan Quinche
En 2014 le bureau FRES architectes remporte le concours qui vise transformer la gare de Renens en un nouveau pôle majeur de l’Ouest lausannois. Le projet est composé de deux édifices, de part et d’autre du bâtiment existant de la gare (bâtiment voyageurs). Dans cet article nous nous attarderons plus particulièrement sur le projet « AMY », le plus à l’Ouest.
Cet ouvrage cherche à s’intégrer dans son contexte en répondant à différentes contraintes, notamment liées à sa proximité aux voies de chemin de fer. Le volume se découpe en strates en fonctions des programmes qu’il abrite, soit des commerces en lien avec la rue, des bureaux et locaux commerciaux dans 2 niveaux supérieurs en dialogue avec l’échelle des bâtiments voisins et pour finir les 5 niveaux de logements pour couronner l’ensemble et dialoguer avec une échelle plus territoriale.
De l’extérieur le projet à un aspect homogène sur ses quatre façades, la trame régulière et répétitive permet d’unifier l’ensemble du bâtiment, les programmes se révèlent très discrètement par un changement de rythme des montants verticaux.
Les près de 90 logements s’organisent de manière rayonnante autour de trois grands atriums, imaginés comme des espaces tampons entre le tumulte extérieur et l’intimité des appartements. Ces espaces généreux ont été conçues pour permettre les rencontres et le partage entre habitants. Toute-fois ces espaces sont, selon nos constatations, immaculés, presque stériles.
Les atriums, une fausse bonne idée?
Au moment où les architectes rendent le projet, ils imaginent que la majorité des logements seront occupés par des étudiants et doctorants, usagers des campus estudiantins à proximité de la gare de Renens.
Les atriums couverts sont conçus pour donner l’opportunité aux habitants d’avoir des espaces dédiés au partage et aux échanges, en plus de leur fonction purement fonctionnelle de distribution.
Les dimensions des vides centraux sont généreuses pour permettre un apport de lumière naturelle agréable.
Lors d’un entretien avec Sara Martín Cámara (FRES architectes), elle évoque un questionnement sur les architectes:
«N’avons nous pas tendance, de manière générale, à idéaliser la manière dont les usagers vont s’approprier les espaces que l’on conçoit.»
Sara Martin Cámara, FRES architectes
Les qualités se sont perdues pendant la réalisation?
Durant la phase de réalisation et construction du projet, certains choix ont influencé la qualité architecturale des atriums. Dans le projet initial, des escaliers permettaient des relations riches entre les différents niveaux de coursives. Ils ont été abandonnés pour des raisons économiques.
Les espaces construits sont caractérisés par des matériaux de qualités, prévus pour durer dans le temps, le parquet et les portes palières sont en chêne, tandis que les murs sont laissés en béton apparent.
«Nous fournissons un espace avec des qualités architecturales, nous ne fournissons pas la décoration et n’en sommes pas responsables.»
Sara Martin Cámara, FRES architectes
Comment les règles de construction modifient un espace?
Les normes AEAI imposent des exigences strictes en matière de protection incendie, particulièrement difficiles à satisfaire dans les grands volumes des atriums. Compartimentages coupe-feu, dimensionnement des systèmes de désenfumage et choix des matériaux doivent répondre à des critères strictes qui s’appliquent à l’ensemble des éléments présents dans ces espaces. Cette accumulation d’obligations techniques rend tout aménagement des espaces communs complexe et coûteux. La vie commune des usagers est fortement impactée par ces normes rendant très complexe toute appropriation des lieux par les habitants.

Les habitants ne vivent-ils pas comme il le faudrait?
En Suisse romande, la volonté de se réunir et de partager des espaces conviviaux reste peu ancrée dans les modes d’habiter, contrairement à la Suisse alémanique où la culture de l’espace communautaire est davantage intégrée dans les pratiques quotidiennes. Les résidents alémaniques manifestent une plus grande disposition à investir les espaces partagés, qu’il s’agisse de salles communes, de jardins collectifs… En Suisse romande, l’attachement à la sphère privée et une certaine réserve vis-à-vis du voisinage freinent l’appropriation spontanée de ces lieux. Les atriums, pourtant conçus comme des espaces de rencontre et de transition, peinent ainsi à trouver leur usage faute d’une culture collective suffisamment affirmée. Cette réalité sociologique pose la question de l’adéquation entre les intentions architecturales et les modes de vie des habitants.
La gestion locative empêche-t-elle l’appropriation des espaces communs ?
Les régies immobilières jouent un rôle déterminant dans la définition et l’usage des espaces partagés, souvent au détriment de leur vitalité. Les règlements, imposés par les régies, encadrent strictement les usages autorisés dans les parties communes, limitant toute appropriation spontanée ou activité susceptible de générer du bruit, des dégradations ou des conflits entre locataires. À cela, s’ajoute la question du nettoyage et de l’entretien : les coûts liés à la maintenance de grands espaces communs comme les atriums sont répercutés sur les charges locatives, ce qui incite les régies à en limiter l’usage. Cette logique gestionnaire, privilégiant la neutralité et la standardisation, entre en contradiction directe avec les intentions architecturales qui visent à faire de ces espaces des lieux de vie et de rencontres.
Propositions sarcastiques d’utilisation des atriums.
Pour donner plus de sens à ces espaces, faites glisser (en maintenant activer votre curseur) les aménagements sur la photo, pour en révéler le potentiel.


Proposition n°1 – Eglise (à glisser sur la photo d’origine). Crédits de l’image de droite: Yves André


Proposition n°2 – Musée d’art (à glisser sur la photo d’origine). Crédits de l’image de droite: Yves André

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