Auteur/autrice : Étudiant·e JMA-FR

  • Un nouveau morceau de ville à Malley

    Un nouveau morceau de ville à Malley

    Intriguées par la hauteur, la couleur et l’expression des façades de la tour monumentale construite au bord des voies ferrées, nous découvrons le projet Malley-Gare A conçu par le bureau d’architecture AAPA. Trois bâtiments distincts prennent place sur le périmètre A du secteur Malley-Gare. Immédiatement, les couleurs, les volumes, les matériaux, les détails nous interpellent. Le projet se compose d’une tour rouge aux façades en béton préfabriqué, d’un bâtiment jaune de hauteurs variables aux façades de briques et d’un volume gris, plus bas, où les façades mêlent tôles et profilés métalliques.

    Le projet Malley-Gare A, © AAPA

    À notre arrivée sur place, un premier constat s’impose. Malgré un chantier encore en cours sur certains espaces extérieurs et au niveau des rez-de-chaussée, la qualité architecturale de l’ensemble est immédiatement perceptible. Les façades révèlent un travail minutieux sur les matériaux et les détails constructifs. Derrière leurs expressions distinctes, les trois bâtiments partagent une même logique structurelle: une structure porteuse en béton et un parking souterrain qui les relie. Entre les volumes, les aménagements extérieurs apparaissent encore largement minéraux. Les arbres récemment plantés peinent à contrebalancer cette impression.

    En cette matinée de mars, le quartier semble calme. Peu de passants traversent les espaces publics. Les boîtes aux lettres témoignent pourtant de l’occupation des logements. À l’inverse, plusieurs surfaces de bureaux et certains locaux commerciaux demeurent vacants.

    Malgré l’échelle imposante des volumes, notre ressenti est agréable. Les proportions, les espaces et les articulations entre les bâtiments contribuent à la perception d’un quartier à taille humaine.

    Nous nous interrogeons toutefois sur le rapport qu’entretiennent les bâtiments avec le sol. Aucun socle n’est véritablement exprimé. Les façades semblent se prolonger jusqu’au revêtement de sol minéral qui recouvre le parking souterrain.

    La tour soulève également quelques questions. Ses entrées se signalent uniquement par des portes coulissantes vitrées. Ni retrait, ni traitement particulier de la façade ne viennent marquer l’entrée ou structurer la transition entre intérieur et extérieur.

    Plus loin, quelques bâtiments subsistent de l’ancien site industriel de l’usine à gaz. Aujourd’hui occupés par le Théâtre Kléber-Méleau, ils accueillent différentes activités culturelles et témoignent du passé du lieu. Le contraste avec le nouveau quartier réalisé par AAPA est saisissant. Aux abords du périmètre A, nous ressentons une rupture d’échelle et une absence de continuité avec le tissu voisin.

    Vidéo in situ, mai 2026 (Joana Loureiro Oliveira)

    Cette impression nous surprend dans un premier temps. Nous comprenons ensuite que le secteur Malley-Gazomètre fait lui aussi l’objet d’un vaste projet de transformation qui accueillera de nouveaux logements et infrastructures à l’horizon 2030. Le quartier que nous observons aujourd’hui ne représente qu’une étape dans la mutation plus large de la plaine de Malley.

    Nous relevons également l’effort réalisé pour connecter le nouveau quartier aux secteurs voisins. Le passage sous les voies ferrées réservé à la mobilité douce offre un accès direct aux quais de la gare Prilly-Malley, au centre sportif de la Vaudoise Arena ainsi qu’au secteur de Malley-Viaduc, lui aussi en pleine transformation. Généreusement dimensionné et idéalement situé, il guide naturellement les déplacements. En empruntant la rampe hélicoïdale ou l’escalier, notre regard s’élève progressivement tandis que la tour rouge se détache dans le ciel et s’impose comme un repère dans le paysage urbain.

    Vidéo in situ, mai 2026 (Joana Loureiro Oliveira)

    Dans les mois qui suivent, nous retournons sur le site à plusieurs reprises. À chacune de nos visites, nous découvrons un quartier qui évolue et prend vie. Les travaux d’aménagement extérieur avancent, les plantations se développent et les espaces publics se précisent.

    À mesure que le lieu s’anime, nous relevons que le périmètre A, avec les trois volumes réalisés par AAPA, est indissociable du périmètre B, composé des deux bâtiments réalisés par Pont12 Architectes. Les deux ensembles s’articulent de part et d’autre du parc public végétalisé et forment un quartier ouvert, destiné à la fois aux habitants et aux usagers de l’espace public.

    Présentation publique de Malley-Gare, août 2020, © La Fabrique de Malley

    Notre dernière visite sur le site, ponctuée d’un échange avec le maître d’ouvrage, CFF Immobilier, ainsi que nos discussions avec la commune de Prilly, le confirment: le quartier vise une véritable mixité d’usages. Nous observons aujourd’hui une importante diversité d’activités commerciales et artisanales au niveau des rez-de-chaussée. Nous nous interrogeons cependant sur l’absence d’ateliers d’artisans qui auraient davantage pu rappeler le passé industriel du site. Le terme «artisanat» semble avoir été interprété de manière relativement large, englobant des activités de services parfois éloignées de l’idée traditionnelle de production artisanale.

    Avant l’arrivée des nouveaux bâtiments, ce secteur de la plaine de Malley accueillait différentes activités industrielles dont certaines subsistent encore aujourd’hui. Au sud, les bâtiments de l’ancienne usine à gaz constituent les principaux témoins du passé industriel du site. Inaugurée en 1911, l’installation a été progressivement démantelée à partir des années 1970. Deux bâtiments ont été conservés et réunis en 1979 pour accueillir le Théâtre Kléber-Méleau, fondé par un collectif de comédiens.

    À l’est, au niveau du périmètre B, se trouvaient les anciens abattoirs de la Ville de Lausanne. Construits entre 1942 et 1945, ils ont cessé leurs activités en 2002 avant d’être démolis en 2015. À l’ouest, subsistent le Centre intercommunal de logistique (CIL), dédié à la gestion des déchets depuis 2008, ainsi que le Service achats et logistique de la Ville de Lausanne (SALV), implanté dans le secteur depuis les années 1990.

    Vue aérienne du site de l’usine à gaz de Malley et du gazomètre, août 1956, © Musée historique de Lausanne

    Le périmètre A correspondait autrefois à l’extrémité de l’usine à gaz. Il était occupé par des constructions industrielles secondaires que les architectes du projet et la commune de Prilly décrivent aujourd’hui comme dépourvues de potentiel de transformation ou de réemploi. Leur démolition a libéré le terrain avant le lancement des concours d’architecture.

    Lorsque les procédures sont ouvertes en 2018, il ne subsiste plus aucune trace bâtie sur les périmètres A et B. Dans la continuité du concours d’urbanisme de Malley-Centre achevé en 2012, les deux concours d’architecture sont organisés séparément, à quelques mois d’intervalle, sous la forme de procédures sélectives. Trente équipes pluridisciplinaires manifestent leur intérêt. Seize sont finalement retenues et réparties entre les deux périmètres, donnant lieu à huit propositions pour chacun.

    Malley-Gare et les secteurs voisins, © La Fabrique de Malley

    Face à l’ampleur de l’opération réalisée sur les périmètres A et B, une question émerge rapidement. Pourquoi avoir attribué chaque périmètre à un seul bureau d’architecture? Dans un projet revendiquant la mixité, l’accessibilité et l’ouverture, une plus grande diversité de concepteurs aurait-elle enrichi l’identité du quartier? Une attribution par lots à différents architectes aurait-elle permis de produire une architecture plus variée et plus proche de la manière dont les villes se construisent habituellement au fil du temps?

    La complexité d’une telle réalisation est évidente. Les concours en procédure sélective permettent de limiter les risques et de garantir une certaine efficacité dans la réalisation de projets de grande envergure. Contrairement à une procédure ouverte, ils reposent sur une présélection des équipes et réduisent ainsi le nombre de projets à évaluer.

    Nos échanges avec la commune de Prilly et le maître d’ouvrage confirment que les contraintes économiques et organisationnelles ont largement motivé ce choix. Cette logique interroge toutefois notre manière contemporaine de fabriquer la ville. Les tissus urbains que nous apprécions aujourd’hui sont rarement le fruit d’une vision unique. Ils résultent le plus souvent d’une succession d’interventions, d’adaptations et de projets réalisés par une multitude d’acteurs au fil du temps.

    À Malley-Gare, des procédures ouvertes ou un découpage des projets en plusieurs lots auraient permis à davantage de bureaux d’architecture de prendre part à cette transformation urbaine. Dans un quartier conçu pour accueillir une grande diversité d’habitants et d’activités, nous nous demandons si la diversité des concepteurs ne mériterait pas, elle aussi, d’être encouragée. Est-ce que cela ne rendrait pas le processus de conception plus cohérent avec les ambitions affichées par le projet? Cette réflexion nous amène également à nous interroger sur les mécanismes qui orientent le choix d’une procédure de concours plutôt qu’une autre.

    Ces questionnements ne remettent cependant pas en cause l’intérêt que représente une telle opportunité pour les équipes appelées à concevoir ce type de projet. Au cours de nos échanges avec le bureau AAPA, nous percevons l’enthousiasme suscité par un tel exercice.

    La remarque résume le caractère exceptionnel du projet. Concevoir puis réaliser un morceau de ville offre la possibilité, rare pour un architecte, de développer une vision globale à grande échelle et de la voir transformer le paysage urbain.

    Bien que le projet Malley-Gare A soit né sur un terrain libéré de ses anciennes constructions, il s’appuie sur un ensemble de références qui orientent les choix de conception. Nous découvrons que les réflexions du bureau AAPA puisent notamment dans l’imaginaire des villes américaines.

    Cette influence s’explique en partie par la volonté de développer une architecture exprimant un langage industriel, tant dans le choix des matériaux que dans la manière dont ceux-ci sont assemblés pour former un ensemble cohérent.

    Dès notre première visite sur le site, les parallèles nous paraissent évidents. En observant la hauteur, la densité, l’implantation et l’expression des bâtiments qui s’organisent au pied de la gare de Prilly-Malley, nous pensons spontanément à des villes comme Manhattan ou Chicago. Ce n’est que plus tard, à travers nos recherches et nos échanges avec les concepteurs, que nous découvrons l’origine de cette impression.

    Vue aérienne d’un morceau de ville à Manhattan et vue aérienne du morceau de ville à Malley (photomontage Joana Loureiro Oliveira), Images © 2026 Google

    Il semble évident qu’un autre concepteur, porteur d’une autre vision de la ville, aurait pu donner un tout autre visage à ce quartier. Chaque architecte construit sa propre représentation de l’espace urbain à travers son parcours, ses références et sa sensibilité. Là où certains imaginent des lieux fondés sur la diversité des usages, les rencontres et la continuité avec le tissu existant, d’autres privilégient une densité plus marquée, des formes urbaines plus affirmées ou encore une expression architecturale plus singulière.

    Bien entendu, la ville est le résultat d’une multitude de facteurs économiques, politiques, sociaux et techniques. Mais elle demeure également la projection d’une vision. À travers Malley-Gare A, nous prenons conscience que la manière dont un architecte imagine un morceau de ville n’est pas anodine. Elle influence la façon dont les habitants vivent, travaillent, se rencontrent, se déplacent et s’approprient leur environnement quotidien.

    Dès lors, nous nous demandons dans quelle mesure la vision portée par les concepteurs pourra favoriser l’intégration du projet dans la transformation plus large de la plaine de Malley. Car la réussite d’un morceau de ville ne dépend pas seulement de sa qualité architecturale, mais aussi de sa capacité à entrer en relation avec les quartiers qui l’entourent et avec ceux qui restent encore à construire.

    Au début de nos recherches, Central Malley nous donnait l’impression d’un quartier imaginé pour une population plutôt aisée. Les typologies de logements, les matériaux, les vues dégagées, la proximité immédiate des transports publics ou encore la présence d’un bar panoramique au sommet de la tour nous rappelaient certains grands développements récents réalisés par CFF Immobilier, comme Europaallee à Zurich. Nous pensions alors découvrir une version lausannoise de ces quartiers denses construits le long des infrastructures ferroviaires qui donnent une image urbaine forte au site.

    Photo de la tour réalisée par AAPA en bordure de voies ferrées, mai 2026 (Joana Loureiro Oliveira)

    Pourtant, cette première impression est rapidement remise en question lors de notre rencontre avec les architectes. Ceux-ci nous expliquent qu’il n’a jamais été question, ni pour eux, ni pour le maître d’ouvrage ou les communes, de développer un projet haut de gamme destiné à une catégorie particulière d’habitants. Les loyers ont été fixés selon les conditions du marché et les logements ont été pensés pour accueillir des profils variés.

    La tour comprend principalement des logements locatifs tandis que le bâtiment métallique accueille des appartements en propriété par étage (PPE). Les différentes typologies témoignent d’une volonté de diversité résidentielle qui relève davantage d’une logique de mixité programmatique que d’une stratégie sociale définie. Nos échanges avec le maître d’ouvrage et la commune de Prilly confirment d’ailleurs que cette offre a rapidement trouvé son public: les logements locatifs ont été occupés dès leur mise à disposition, tandis que les appartements en PPE avaient déjà trouvé acquéreurs lorsque les travaux ont débuté. Reste à savoir comment ces habitants s’approprieront le quartier et participeront à son intégration dans le reste de la plaine de Malley.

    Au cours de nos échanges avec la commune de Prilly, nous comprenons que le projet Central Malley trouve son origine dans la disparition progressive des activités industrielles du secteur, et en particulier dans la démolition des anciens abattoirs. Est alors soulevée une question simple: que faire de ces vastes terrains?

    Dans un contexte marqué par les enjeux de densification, les collectivités y voient l’opportunité d’expérimenter une autre manière de construire la ville. L’idée émerge progressivement de créer un nouveau quartier capable d’accueillir logements, activités et espaces publics, tout en affirmant une identité forte à travers des bâtiments de grande hauteur destinés à marquer le paysage urbain. L’inauguration de la gare CFF de Prilly-Malley en 2012 renforce cette ambition et confirme le potentiel stratégique du site.

    Cette ambition politique explique en partie l’échelle du projet. Les bâtiments de grande hauteur, encore rares dans l’Ouest lausannois, traduisent la volonté d’affirmer une nouvelle centralité à l’échelle de l’agglomération. Central Malley ne cherche pas seulement à remplacer des bâtiments disparus, il participe à la construction d’une nouvelle image pour ce territoire en mutation.

    Cette transformation ne s’est toutefois pas imposée sans débat. Le projet a suscité des oppositions et a finalement été soumis à un référendum spontané. Accepté en votation populaire, il bénéficie aujourd’hui d’une légitimité démocratique qui rappelle que la fabrication de la ville ne relève pas uniquement des architectes, des maîtres d’ouvrage ou des autorités publiques, mais également des habitants appelés à se prononcer sur son avenir.

    Nous constatons que les différents acteurs du projet sont aujourd’hui très enthousiastes quant à ce qui a été construit. C’est à présent aux occupants de faire vivre ce nouveau quartier. Une question demeure toutefois: ce nouveau morceau de ville parviendra-t-il à fonctionner avec l’ensemble de la plaine de Malley une fois celle-ci transformée?

    Nos différentes visites de Central Malley nous ont laissé des impressions parfois contradictoires.

    Nous avons d’abord été sensibles à la qualité architecturale du projet Malley-Gare A. Les trois bâtiments possèdent chacun une identité propre tout en formant un ensemble cohérent. Le travail réalisé sur les matériaux, les façades et les détails constructifs témoigne d’une grande maîtrise. Lors de notre entretien, les architectes nous ont expliqué leur volonté d’utiliser chaque matériau au plus juste, en cherchant à réduire son épaisseur au maximum selon ses propriétés structurelles et constructives. Cette réflexion se lit aujourd’hui dans l’expression des bâtiments.

    Nous avons également apprécié le travail réalisé dans les logements. Les espaces de circulation ont été réduits au minimum pour créer des diagonales visuelles vers la ville, le lac ou les voies ferrées. Ces intentions témoignent d’une attention particulière portée aux espaces habités et à leur relation avec le paysage environnant.

    Malgré ces qualités, notre expérience du site reste aujourd’hui marquée par la proximité immédiate des infrastructures ferroviaires et par le caractère encore inachevé du quartier. Central Malley produit une image urbaine forte et affirme déjà une identité reconnaissable dans le paysage de l’Ouest lausannois. Le quartier semble toutefois encore en phase d’appropriation par ses habitants et ses usagers.

    C’est sans doute cette tension qui résume le mieux notre regard sur le projet. D’un côté, nous découvrons une architecture ambitieuse et soigneusement réalisée. De l’autre, nous observons un quartier dont les usages et la vie quotidienne restent encore à construire.

    Les rez-de-chaussée actifs et les espaces publics ont été pensés comme des éléments essentiels de la vie du quartier. Cette démarche nous paraît exemplaire et constitue sans doute l’un des principaux leviers de réussite du projet. Ces espaces joueront un rôle déterminant dans l’intégration de Central Malley à l’ensemble de la plaine de Malley et dans l’émergence d’une véritable vie urbaine. L’avenir dira dans quelle mesure ils parviendront à remplir cette ambition.

    Vidéo in situ, mai 2026 (Joana Loureiro Oliveira)

    AAPA. Quartier Malley-Gare [en ligne]. [consulté le 5 juin 2026]. Disponible à l’adresse:
    https://aapa.ch/

    LA FABRIQUE DE MALLEY [en ligne]. [consulté le 5 juin 2026]. Disponible à l’adresse:
    https://malley-centre.ch/

    CENTRAL MALLEY [en ligne]. [consulté le 5 juin 2026]. Disponible à l’adresse:
    https://central-malley.ch/

    OUEST LAUSANNOIS. Malley [en ligne]. [consulté le 5 juin 2026]. Disponible à l’adresse:
    https://ouest-lausannois.ch/projet/grand-malley/

    ESPAZIUM, 2015. Les coulisses du futur centre de Malley [en ligne]. [consulté le 5 juin 2026]. Disponible à l’adresse:
    https://www.espazium.ch/fr/actualites/les-coulisses-du-futur-centre-de-malley

    MALLEY (PQ MALLEY-GARE), 2018. Rapport du jury – concours d’architecture en procédure sélective [en ligne]. [consulté le 5 juin 2026]. Disponible à l’adresse:
    https://www.ecoacoustique.ch/wp-content/uploads/2020/03/2018_09_05_Malley_RapportJury_final_Web-1-1.pdf

    D’AVIGNEAU Léa Marie, 2016. Sur les traces du passé : une balade à travers les trésors du patrimoine de Malley [en ligne]. [consulté le 5 juin 2026]. Disponible à l’adresse:
    https://www.malleyenquartiers.ch/assets/fichiers/docs/385/1600333496_Sur_les_traces_du_passe_Balade_a_travers_les_tresors_du_patrimoine_de_Malley_web.pdf

    MALLEY EN QUARTIERS. Le quartier des abattoirs en mémoire [en ligne]. [consulté le 5 juin 2026]. Disponible à l’adresse:
    https://www.malleyenquartiers.ch/expo/le-quartier-des-abattoirs-en-memoire.html

    LE TEMPS, 2016. La renaissance de Malley divise [en ligne]. [consulté le 5 juin 2026]. Disponible à l’adresse:
    https://www.letemps.ch/suisse/vaud/renaissance-malley-divise

    Entretien réalisé le 24 avril 2026 avec M. Emanuele Pibiri, architecte associé, et M. Alessandro Tabita, architecte, AAPA.

    Entretien réalisé le 19 mai 2026 avec M. Alexandre Boireau, chef de projet, CFF Immobilier.

    Entretien réalisé le 20 mai 2026 avec M. Alain Gillièron, syndic de la commune de Prilly.

  • Entre identité formelle assumée et rigueur programmatique: le Campus Santé à Chavannes-près-Renens

    Entre identité formelle assumée et rigueur programmatique: le Campus Santé à Chavannes-près-Renens

    Ludovic Blanc et Ambroise Hiroz

    Le nouveau Campus Santé de Chavannes-près-Renens, projet issu d’un concours remporté par l’agence qui porte le nom de l’architecte zurichois Jan Kinsbergen, s’inscrit dans un territoire urbain sujet à une profonde transformation. Implanté au cœur de l’Ouest lausannois, en relation immédiate avec l’UNIL et l’EPFL, ce projet répond à un besoin concret de relocaliser et d’étendre les infrastructures de formation en santé, devenues limitées sur le site hospitalier du CHUV. Le campus regroupera, à terme, plusieurs institutions majeures au sein d’un nouveau quartier pensé comme un écosystème académique urbain. Mêlant enseignement, logements étudiants, espaces publics et équipements collectifs, le projet ambitionne de dépasser la simple construction d’un campus universitaire et de créer un quartier articulé autour de la formation, de la recherche et des usages quotidiens. 

    Une composition urbaine organisée autour du vide

    Le quartier développe une stratégie d’implantation particulièrement lisible, où les espaces extérieurs occupent un rôle central dans la composition urbaine. Au cœur du dispositif se déploie un vaste parc public de près de 3,5 hectares, véritable structure fédératrice autour de laquelle viennent s’organiser les différents bâtiments du Campus Santé. Cette composition reprend l’image du «banquet», formulée comme devise du projet lauréat du concours: le parc devient la table commune autour de laquelle prennent place les différentes institutions du site. Les bâtiments, chacun doté d’une géométrie spécifique – cercle pour le centre de simulation clinique, croix pour les logements étudiants, volumes orthogonaux pour les espaces d’enseignement – traduisent une relation directe entre forme et fonction. Malgré cette diversité typologique, l’ensemble conserve une forte cohérence architecturale grâce à une matérialité sobre, industrielle et répétitive.

    Maquette présentée lors du concours, 2016, © Jan Kinsbergen Architekten

    Cette manière de concevoir le projet rappelle certaines réflexions développées par Colin Rowe dans la théorie de la Collage City (1978). L’urbaniste y critiquait les grands ensembles modernistes conçus comme des objets autonomes isolés dans l’espace, et défendait au contraire une ville fondée sur les relations entre les vides, les parcours et les espaces collectifs. Dans cette vision, ce ne sont plus les bâtiments eux-mêmes qui constituent l’élément principal de la composition urbaine, mais les espaces publics capables de créer des situations de rencontre, d’appropriation et de coexistence. Le Campus Santé semble s’inscrire dans cette logique: les bâtiments peuvent être perçus comme les limites construites d’un grand paysage commun plutôt que comme des objets architecturaux autonomes. Dans ce cadre, l’importance accordée au parc dépasse ainsi largement la simple fonction d’aménagement extérieur; il devient le véritable support de la vie collective du quartier.

    Collage City by Colin Row et Fred Koetter, 1975

    L’incertitude de l’espace public

    Conçu par le Studio Vulkan, cet espace public développe d’ailleurs une philosophie singulière. Loin de chercher à accumuler les dispositifs récréatifs classiques – terrains multisports, places de jeux ou équipements spectaculaires – le parc privilégie des ambiances plus calmes dédiées à la contemplation, au repos et aux rencontres spontanées. « Nous avons le doux rêve de favoriser la mixité d’usage », explique Emmanuel Ventura, architecte cantonal. Derrière cette ambition se pose toutefois la question fondamentale de l’appropriation: les différentes populations du quartier – étudiants, habitants, chercheurs ou visiteurs – parviendront-elles réellement à partager cet espace commun? Et comment réagir en cas d’échec, de dégradation ou d’abandon?

    Le projet semble assumer cette part d’incertitude inhérente à toute fabrication urbaine. Cette volonté de «construire la nature» prend enfin une dimension particulière sur ce terrain constitué exclusivement de moraines glaciaires du Rhône, où la végétation peine à s’implanter naturellement. Le paysage devient alors une construction artificielle assumée, accueillant néanmoins près de 300 arbres, des prairies fleuries et de larges cheminements, l’ensemble étant sublimé par la «Fontaine de Jouvence», installation monumentale de l’artiste suisse Fabian Marti.

    Une nature artificialisée

    Le rapport au sol et la qualité des espaces extérieurs constituent un autre point d’attention du projet. Le campus s’implante sur ce terrain de manière plutôt autonome, en cherchant à exploiter le plein potentiel du sol. Le sol est composé d’une fine couche de terre végétale qui recouvre un sol très pauvre, en raison de l’ancienne moraine glaciaire, quasiment stérile, qui en constitue le socle. Aucune végétation de qualité n’a pu se développer jusque là. La stratégie paysagère proposée repose par conséquent sur une fabrication du vivant. Comme l’explique l’architecte cantonal E. Ventura: « On va construire la nature ». En effet, des poches de terre seront aménagées afin de permettre la plantation de plus de 300 arbres. Cette notion de «fabrication la nature» se révèle paradoxale. Tandis que le projet cherche à offrir une image de parc naturel et ouvert, celui-ci est en réalité un dispositif technique, fabriqué et artificialisé.

    Des façades régulières et démontables: vers une stratégique environnementale et climatique

    Marquée par des bandeaux et des fenêtres organisées de manière très régulière, la composition des façades se caractérise par des lignes horizontales très marquées qui renforcent l’unité visuelle du campus. Selon E. Ventura, l’idée est de développer un langage architectural répétitif, technique et industriel. Par la standardisation des éléments de façade, le projet cherche à homogénéiser le caractère de l’ensemble. Toutefois, cette esthétique rationnelle a suscité certaines réticences, notamment auprès des autorités communales qui ont reproché ce côté rationnel et peu convivial. 

    Image présentée lors du concours, 2016, © Jan Kinsbergen

    Cependant, cette volonté de rationalité ne repose pas uniquement sur des choix esthétiques. Elle traduit également une volonté écologique forte. En effet, les bâtiments sont conçus de manière à être facilement démontables, grâce à des éléments préfabriqués et standardisés. La stratégie privilégie la longévité des éléments, leur potentiel de réemploi ainsi qu’une logique de légèreté structurelle. Les façades métalliques, les cadres de fenêtres ou encore les installations techniques sont laissées visibles et facilement accessibles. 

    « Si vous voulez enlever des éléments de façade, vous venez avec la machine, vous les retirez, puis vous les empilez. C’est un Lego total. »

    E. Ventura 

    Ces logiques constructives dites « low-tech » constituent les principales ambitions de durabilité du projet. L’objectif était de minimiser la matière utilisée et de faciliter une future déconstruction ou transformation du bâtiment.

    Cependant, l’expression des façades présentée en 2016 a fortement évolué depuis. En effet, lors de la phase de concours, on pouvait percevoir sur les images une enveloppe extrêmement lisse, pure, quasiment abstraite, composée de lignes fines et de cadres de fenêtres presque invisibles. 

    Vue du campus depuis la route cantonale, image présentée en 2025, © Jan Kinsbergen

    Tandis que l’image ci-dessus, publiée en septembre 2025, présente une réalité bien différente. Les fenêtres sont désormais subdivisées, certaines parties deviennent ouvrantes, les cadres sont davantage marqués et des rideaux ont été disposés derrière les vitrages. La toiture est également concernée par une évolution notable, puisqu’elle est passée d’un simple élément technique en béton à un espace habitable. De plus, des panneaux solaires ont été disposés sous forme de pergola afin de permettre l’autonomie énergétique du bâtiment.

    Ainsi, la façade idéalisée présentée lors du concours laisse désormais place à une architecture plus expressive. Celle-ci témoigne de l’évolution d’une intention formelle vers une réalité technique et environnementale bien affirmée. La question du concours dépasse en réalité la seule question du respect de l’image initiale, mais vise également à interroger la nécessité de certaines adaptations et évolutions quant aux intentions fondatrices.

    Bien qu’adjugé il y a dix ans, le projet de Jan Kinsbergen propose une architecture actuelle et cohérente. Ce projet répond avec précision aux enjeux du site et à son programme, tout en respectant les ambitions de développement du site. Les volumétries simples et assumées s’inscrivent de manière fine dans un quartier en plein développement. Ce projet avance une vision de durabilité forte, basée sur la préfabrication, la démontabilité et la réduction maximale de la quantité de béton. 

  • Habiter le patrimoine: ouvrir plutôt que figer ?

    Habiter le patrimoine: ouvrir plutôt que figer ?

    Entre crise du logement et sauvegarde du patrimoine, le nouveau complexe des Jardins du Château à Crissier, incarne la complexité de densifier les sites historiques. Face à une virulente opposition citoyenne, ce projet de logements modérés a choisi la voie de l’ouverture et du compromis. Mais entre les promesses du concours d’architecture et la réalité, l’œuvre finale interroge: le patrimoine doit-il se figer pour exister, ou s’ouvrir au risque de se transformer?

    Sarah Bakkali Tahiri et Inês Futuro Gomes

    Héritage et polémique: construire dans un site sensible

    Le projet des Jardins du Château à Crissier s’inscrit dans un contexte de forte tension entre préservation patrimoniale et densification urbaine. Porté par la commune de Crissier et mené jusqu’à son aboutissement en août 2025, le projet prévoyait la construction de deux immeubles comprenant 44 appartements de 2,5 à 5,5 pièces, ainsi qu’un parking souterrain, en complément de la création de logements à l’intérieur du château. Implanté sur le terrain des jardins du château, ce programme a suscité une vive controverse. Au-delà de simples critiques, l’opposition s’est structurée autour d’un référendum porté par un collectif citoyen déterminé à empêcher la réalisation du projet. Les opposants considéraient que les nouvelles constructions porteraient atteinte à la visibilité et à la valeur patrimoniale du château ainsi qu’à ses jardins historiques. Cette controverse révèle l’opposition entre la volonté de préserver un site considéré comme emblématique du patrimoine local et la nécessité de répondre à la pénurie de logements ainsi qu’au manque de terrains disponibles pour la construction dans la région. Pourtant, le projet propose une relecture du lieu en l’ouvrant, tant physiquement que symboliquement, à travers la mise en place de cheminements semi-publics et une mise en relation avec le paysage environnant. Une transition déjà visible dans le quotidien des habitants, comme le souligne une passante : «Avant, il y avait juste le château pour les mariages. Maintenant, les gens passent dans le site.»

    Une réponse politique et sociale du logement

    Par ailleurs, la dimension sociale du projet, à travers la mise à disposition de logements à loyers modérés, met en évidence un décalage entre les critiques formulées et les enjeux réels du territoire, marqué par une forte demande en logements. Une habitante nous confirmait ce sentiment, disant qu’elle en «avait vraiment besoin».

    Cette dimension renforce la pertinence du projet, qui dépasse la simple question esthétique et patrimoniale pour s’inscrire dans une réflexion plus large sur le rôle de l’architecture dans la société. Le terrain faisant partie d’un nombre restreint de zones constructibles dans la commune, cela met en évidence une tension entre une réponse aux problèmes d’habitabilité et de bien-être des habitants, et une volonté de conservation trop extrême, une vision figée du patrimoine

    Stratégies d’implantation: compacité et ouverture

    L’implantation repose sur une stratégie de compacité, permettant de limiter l’emprise au sol tout en libérant des espaces extérieurs, généreux. Ce choix s’accompagne d’un travail précis sur les orientations et les distances entre bâtiments, favorisant à la fois les vues/échappées, la lumière et la qualité d’usage. Malgré cette volonté, la volumétrie des bâtiments demeure cependant assez imposante au premier abord.

    Une matérialité au service du contexte?

    Une volonté de dialogue avec le contexte est perceptible à travers le choix du bois, rappelant la matérialité intérieure du château ainsi que celle de certaines maisons alentour, les toitures à pans et les orientations. En revanche, l’usage d’un bois très foncé comme revêtement de façades, justifié par une volonté de créer un contraste avec la verdure, d’après les architectes, accentue fortement la présence des bâtiments et renforce leur impact visuel dans le site.

    Une différence entre le projet présenté au concours et celui finalement réalisé peut également être constatée. La façade représentée dans les documents de projet apparaît beaucoup plus claire et se fond davantage dans le contexte du quartier. L’architecte explique ce changement de couleur ainsi: «[…] pour le concours on était sur une image politiquement correcte, mais par la suite nous avions envie de proposer une couleur qui patinerait bien avec le temps, un peu foncée […]».

    Cette évolution de matérialité, intervenue au moment de l’exécution du projet, pose alors la question de l’honnêteté des documents de concours, de la communication au public et de l’écart entre l’image projetée et la réalité construite. L’architecte doit-il/elle anticiper tous les choix du projet pour convaincre, ou le fait d’omettre/faire évoluer certains éléments permet-il ensuite de développer un meilleur projet? Ici, ce changement de matérialité renforce clairement la présence du nouveau bâtiment sur le site.

    Faut-il des oppositions pour faire un bon projet?

    Une volonté des associations Crissier Patrimoine et Sauvegardons Crissier était de rouvrir le jardin du château avec l’aménagement d’un parc public incluant notamment un terrain de jeux ainsi qu’un chemin menant au parc Montassé. Le jardin, qui constitue un site emblématique de la commune de Crissier, notamment de sa partie villageoise, n’était ni visible ni accessible, encore moins pour les personnes extérieures à la commune.

    L’aménagement extérieur du projet devient donc un élément clé, créant une relation entre le quartier, le château et le nord du site.

    avant - après

    La création d’un espace public et d’un chemin vers le château permet une revalorisation du patrimoine grâce à une promenade qui le rend accessible à la découverte. Comme nous l’a dit une habitante, l’accès au site, anciennement un champ, n’était pas autorisé, et le château n’était accessible que ponctuellement lors d’événements tels que les mariages.

    Cependant, l’entrée du site, constituée par le passage vers le parking souterrain, le parking à vélos et l’entrée des logements, ainsi que la place de jeux plus loin, située entre des logements dont les fenêtres donnent directement dessus, donne à cet espace un caractère plus intime.

    Cela mène alors à se demander si le site est réellement ouvert à tout public et si l’autorisation d’y circuler et d’utiliser ses aménagements est suffisamment claire. Un élément qu’il est encore difficile de juger, le projet étant récent. Il faudra voir avec le temps si cet espace devient réellement une continuité de l’espace public du village, contrairement aux premières impressions ressenties à l’entrée du site.

    Une réponse aux associations d’opposition est également apportée à travers la création de cette place de jeux, qui reste cependant assez générique et peu aménagée. Une habitante relève notamment l’inconvénient lié au revêtement en gravier, expliquant qu’elle rentre chez elle «avec des cailloux dans ses chaussures». On constate ainsi un investissement plus limité dans la qualité de l’espace extérieur malgré son importance centrale dans le projet.

    Parcours paysager des jardins du château

    Vue d’ensemble depuis l’accès principal, montrant l’implantation du projet dans son contexte bâti et paysager.

    Un traitement soigné du local vélos et poubelles, implanté face aux habitations pour assurer la transition vers le jardin.

    Prolongement du parcours à travers des extérieurs soignés, reliant le projet directement au parc Montassé situé en arrière-plan.

    Aménagement d’un terrain de jeux entre le nouveau projet et les dépendances du château, répondant aux attentes des riverains pour la valorisation des espaces extérieurs.

    Séquence finale vers le château, montrant l’appropriation quotidienne et vivante des dépendances par les résidents le long du chemin en gravier.

    On perçoit donc clairement le compromis réalisé afin de prendre en compte les enjeux liés à l’extérieur. Les oppositions peuvent/ont pu paraître lourdes à certains moments. Cependant, ce projet montre que malgré le ralentissement du processus et le fait que les deux bâtiments aient tout de même été construits, une plus grande attention a été portée aux espaces extérieurs. Cela confirme, dans ce cas, l’importance d’avoir des avis contrastés et critiques afin de produire un projet plus travaillé et plus complet.

    Malgré ses défauts, le projet ouvre une parcelle auparavant fermée, peu accessible et largement invisibilisée, facilitant ainsi l’accès et la découverte du château. Il remet en question une vision figée du patrimoine, sans prendre en compte le contexte de construction et les besoins réels du quartier. Ce projet, construit en partie à travers des compromis, montre néanmoins que ceux-ci peuvent parfois apparaître davantage comme un poids que comme une force pour créer des espaces extérieurs pleinement qualitatifs.

  • Malley-Central: morceler le volume pour produire de la ville 

    À Malley-Central, la densification ne se joue pas seulement en hauteur: elle se négocie dans l’épaisseur des volumes, des contraintes économiques et des ambitions urbaines. 

    Romain Granger et Nicolas Grunauer 

    De prime abord, Malley-Central semble être une opération tout à fait classique de densification contemporaine. Des tours, des logements, des bureaux, un nouveau parvis et une architecture maîtrisée prenant place sur une ancienne friche industrielle de l’Ouest lausannois. Notre première lecture du projet se limitait alors à cette image: celle d’un ensemble rationnel, inscrit dans les logiques actuelles de développement urbain autour des infrastructures ferroviaires. 

    Les entretiens menés lors de nos recherches ont toutefois déplacé progressivement notre regard. Derrière l’image d’un projet maîtrisé se révèle un ensemble beaucoup plus complexe de négociations, de contraintes et de prises de position architecturales. Le projet ne se résume plus uniquement à des tours construites à proximité d’une gare; il devient le produit d’un rapport de force entre planification urbaine, logiques économiques, ambitions architecturales et usages quotidiens. 

    Le quartier de Malley-Central constitue aujourd’hui l’un des principaux territoires de densification de l’Ouest lausannois. Le site, ancienne zone industrielle, marquée par la présence du gazomètre, des abattoirs et de nombreuses infrastructures techniques, fait depuis plusieurs années l’objet d’une profonde transformation urbaine. C’est dans ce contexte que les CFF organisent en 2018 un concours visant à développer les parcelles situées au sud de la gare de Prilly-Malley. Le projet s’inscrit alors dans une stratégie plus large de valorisation foncière et de densification autour des gares, devenue caractéristique des grandes opérations urbaines contemporaines. 

    Pour Pont12, l’horizon se redresse 

    À la suite du concours, Pont12 s’inscrit dans une logique de densification qui influence directement la forme architecturale du projet. Lors de notre entretien, Guy Nicollier, associé fondateur de Pont12, critique d’ailleurs la manière dont les plans d’affectation produisent aujourd’hui des volumes extrêmement compacts: «toutes ces tours […] c’est chaque fois des cubes». Derrière cette remarque se dessine une critique plus large des mécanismes actuels de production de la ville. Les gabarits définis par les plans d’urbanisme, combinés à la volonté des maîtres d’ouvrage d’exploiter au maximum les surfaces constructibles, tendent à produire des bâtiments massifs, optimisés et souvent relativement génériques. Cette logique du plan carré permet alors, sur la hauteur, d’amortir le rapport surface de plancher cumulée/surface de façade. Ainsi le plan à base carrée devient la forme la plus rentable. 

    C’est précisément face à cette contrainte que Pont12 développe sa stratégie architecturale, consistant principalement à créer un lien direct à la parcelle tout en donnant une échelle plus humaine au projet. Plutôt que d’occuper le volume autorisé comme un seul bloc homogène, le bureau choisit de fragmenter le projet. Une rue est créée entre les bâtiments, les hauteurs varient, les volumes se découpent et les matérialités se différencient. Cette volonté de «morceler» le volume devient l’un des principaux outils du projet pour réduire l’échelle perçue et produire une architecture plus contextualisée – ici elle fait directement écho au passé industriel de cette parcelle de l’Ouest Lausannois.  

    Cette contextualisation intègre également le travail des façades ainsi que des matériaux. La tour, tournée vers le parvis de la gare, développe une expression minérale tandis qu’un second volume du projet se sert de la brique comme d’une référence au passé industriel du site. Cette stratégie pose tout de même une question. L’usage de la brique, du métal ou d’un vocabulaire ouvrier est devenu un langage presque systématique dans de nombreuses opérations contemporaines de reconversion urbaine s’inscrivant sur ces anciennes friches industrielles. Il est donc légitime de se poser la question suivante: ces références produisent-elles encore un véritable ancrage contextuel ou participent-elles à la fabrication d’une nouvelle esthétique standardisée de la reconversion industrielle ? C’est ce que nous observons déjà à Hambourg avec le projet HafenCity, ou encore à Winterthur avec la projection de ce quartier de Lokstadt.

    Ces références produisent-elles encore un véritable ancrage contextuel ou participent-elles à la fabrication d’une nouvelle esthétique standardisée de la reconversion industrielle ?

    Cette ambiguïté se ressent dans l’ensemble du projet. Malley-Central cherche à se distinguer des formes génériques de densification. Les programmes se lisent en façade, les volumes se décalent, les loggias offrent des logements qui se prolongent vers l’extérieur et les rez-de-chaussée participent à la construction d’un espace public plus ouvert. Ces éléments viennent détoner de la profonde inscription du projet dans un système de production fortement rationalisé. Les dimensions des logements, les trames structurelles, les contraintes économiques et les logiques d’optimisation demeurent omniprésentes. 

    Le projet comme partition collective 

    Les entretiens réalisés avec l’architecte ont également permis de comprendre que cette architecture résulte d’une négociation constante entre plusieurs acteurs. Le projet ne dépend pas uniquement de la volonté de l’architecte, mais d’un équilibre complexe entre maître d’ouvrage, entreprise générale, planification urbaine et exigences financières. Guy Nicollier décrit d’ailleurs la défense de la qualité architecturale comme un véritable «combat». Rejoignant ainsi la critique que Rudy Ricciotti adresse à la standardisation de l’architecture contemporaine. Derrière l’image d’un bâtiment terminé se cache donc un long processus d’arbitrages, de compromis et de résistances invisibles. 

    Ce bras de fer se ressent particulièrement dans le traitement des logements. Malgré une trame constructive relativement stricte, Pont12 se prête au jeu de l’introduction de diversité typologique à travers les orientations, les logements d’angle ou encore les loggias conçues comme de véritables prolongements du logement vers l’extérieur. Cet exercice cherche à dépasser une simple logique quantitative du logement, avec pour objectif de produire des situations d’habiter plus riches. La question reste toutefois ouverte: cette diversité suffit-elle réellement à compenser la forte rationalité du système général?

    Le projet possède également une dimension urbaine importante. Les différents dispositifs mis en place comme le traitement des espaces extérieurs, l’activation des rez-de-chaussée, des parcours piétonniers qui prolongent la logique de la gare vers le tissu environnant, cherchent à enrichir et former une continuité de l’espace public autour de la gare, créant des liaisons différentes autour du quartier en mutation. Malley-Central ne fonctionne pas comme une pièce autonome, proposant ainsi des seuils, des passages, des rez-de-chaussée perméables et jouant un rôle de nœud au cœur de Malley. Pourtant, cette urbanité reste encore difficile à mesurer pleinement. Une partie des espaces publics est récente, certains commerces ne sont pas installés et les usages continuent d’évoluer. 

    C’est peut-être là que réside la principale limite du projet, mais aussi son intérêt critique. Malley-Central démontre qu’il est encore possible, dans un contexte fortement contraint, de produire une architecture attentive à son contexte, à ses usages et à son échelle. Toutefois, le projet montre également les limites de cette ambition. Le morcellement des volumes, le travail des façades ou les références matérielles ne suffisent pas à eux seuls à garantir une véritable urbanité. Celle-ci dépend finalement autant des usages futurs, des appropriations habitantes et du temps que de la seule qualité architecturale du projet. 

    La tour vue d’en bas

    Notes


    1.Deutsch, Corinne. 2024. Pénurie de logements : luttons de manière efficace ! Uspi vaud. [En ligne] 25 sep 2024. https://uspi-vaud.ch/articles-de-presse/penurie-logements-vaud-2024 .

    2.Herisau, Grenchen. 2026. Usine à gaz de Malley. Wikipédia. [En ligne] 10 mai 2026. https://fr.wikipedia.org/wiki/Usine_%C3%A0_gaz_de_Malley.

    3.La côte. 2016. Prilly: le destin des tours de Malley-Gare au cœur d’une âpre bataille. La côte. [En ligne] 21 Nov 2016. https://www.lacote.ch/vaud/la-cote/prilly-le-destin-des-tours-de-malley-gare-au-coeur-dune-apre-bataille-603803 .

  • Tuto mise en ligne

    Tuto mise en ligne

    Marche à suivre pour la mise en ligne sur critiques.ch

    Une vidéo est disponible sur Cyberlean. Si vous avez tout bien préparé, le processus de mise en ligne dure une dizaine de minutes!

    1

    Préparez vos documents: 

    – texte prêt et corrigé (correcteur orthographique sur Word, Pages, Antidote, IA, etc.). 

    Conseil : supprimez à ce moment tous les espaces fines avant les ponctuations car cela n’est pas prise en compte sur le web html. Sur Word, rechercher et remplacer ^s par… rien, et remplacez tout.

    – Préparez un dossier avec vos images en résolution web (< 400 Ko), .jpg ou .png et vidéos short (< 1Mo) 

    – légendes d’images à portée de main

    Réduction de la taille des fichiers

    Vidéos

    Si vous avez des films courts, il faut les mettre au bon format avant de les uploader, afin de réduire leur taille. 

    1) télécharger HandBrake, ici

    2) ouvrez vos fichier vidéo avec HandBrake et encodez avec les préréglages « Social 50MB 5 Minutes 720p30 »: sélectionnez dans le menu Préréglages, choisissez votre dossier de téléchargement en bas puis cliquez sur la flèche verte Démarrer, en haut. 

    3) Votre fichier .mp4 devrait peser moins d’1 Mo 

    Images

    Pour les plans, il est plus simple de convertir les fichiers vectoriels .pdf en .png ou .jpg

    Pour les photos et les images, réduisez svp vos fichiers avant la mise en ligne. Un fichier ne devrait pas excéder 400 Ko. Sur Mac il existe un raccourci très simple pour l’effectuer. 

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    Introduisez le lead de votre article (petit résumé ; dans la vidéo, c’est une phrase en citation). Je pourrais l’adapter par la suite.

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    Tapez Retour pour aller au bloc suivant et copier-collez chaque paragraphe de votre article. Prenez soin de retirer les espaces fines avant les « » et les ; : qui risquent de se retrouver à la ligne suivante (c’est là que vous vous dites que vous auriez du suivre mon conseil et le faire sur Word avant).

    Les notes de bas de pages doivent être réécrite (en exposants)1 et les notes disposées en fin d’article, avec le numéro de note et un point. 

    7

    Insérer les images en glissant-déposant depuis votre bureau puis en ajoutant une légende (écrire en taille « S », appliquer à droite). 

    Comme ceci. le panneau se trouve à droite, dans l’onglet Bloc. C’est plus joli en italique

    8

    Vous pouvez redimensionnez vos images et déplacer vos blocs (images, paragraphes, légendes) en appuyant sur les flèches en haut. 

    9

    Vous pouvez à tout moment enregistrer et vérifier comment l’article sera affiché en cliquant sur l’icône ordinateur en haut à droite. 

    Quand vous êtes satisfait·es, clique sur Publier ou Soumettre à la relecture et je recevrai une notification. 

    10

    C’est fini, bravo et merci!

    Notes

    1. Comme ceci. J’ai choisi d’écrire en M, c’est plus élégant.

  • Complexité et contradictions au Synathlon

    Complexité et contradictions au Synathlon

    Anne-Laure Louis-Thérèse et Sofia Pereira Sousa

    «Je préfère une architecture complexe et contradictoire à une architecture simple et évidente.»

    Robert Venturi, Complexity and Contradiction in Architecture (1966)

    Dans les années 1960, l’architecte américain Robert Venturi publiait un ouvrage-manifeste en réaction au modernisme dominant. Il y défendait une architecture ouverte aux contradictions et à la complexité du réel. Bien que formulée dans un autre contexte, sa réflexion offre une analogie intéressante pour aborder l’écart entre intention et usage aujourd’hui. C’est donc dans cet esprit que nous avons abordé l’analyse du «Synathlon», un bâtiment contemporain inauguré en 2018 sur le campus de l’Université de Lausanne, conçu pour réunir plusieurs instituts dédiés au sport, à la recherche et à la formation. Nous n’avons pas souhaité réduire notre regard à une simple critique technique ou fonctionnelle. Mais assumer un regard subjectif, nourri à la fois par nos lectures et par nos observations sur le terrain, afin de comprendre ce que ce bâtiment provoque réellement aux gens qui le fréquente.

    Le Synathlon bénéficie d’une localisation stratégique, à l’entrée du campus de l’UNIL, en lisière d’une promenade arborée qui descend jusqu’au lac.



    Synathlon: architecture du lien entre sport et recherche

    Situé à l’entrée du campus de l’Université de Lausanne, face au lac Léman, le Synathlon occupe une position stratégique qui en fait à la fois un seuil symbolique et un repère spatial. Inauguré en 2018 sur le campus de Dorigny à Lausanne, le Synathlon est né d’une ambition politique et architecturale forte : celle de matérialiser un point de convergence entre le sport international, la recherche universitaire et la formation spécialisée. Son nom-même en porte la trace car il est la contraction de syn (du grec sýn, « ensemble ») et athlon («compétition»). Synathlon évoque explicitement l’idée de rassembler plusieurs disciplines autour d’un même projet, à la croisée des savoirs et des pratiques sportives. En réunissant quatre institutions sous un même toit (ISSUL1, FISU2, AISTS3, CSI4), il entend dépasser les logiques de cloisonnement fonctionnel pour incarner un lieu d’échange, de transversalité et de visibilité. Issu d’un concours SIA5, le bâtiment projeté se veut à la fois emblématique et discret, durable et intelligible. Son atrium central, baigné de lumière, a été pensé pour fluidifier les circulations et favoriser la rencontre. 

    Atouts majeurs du Synathlon désignés par la plupart des usagers lors de notre visite

    Sa transparence spatiale veut rendre lisible l’organisation interne, tandis que la sobriété des matériaux tels que le béton brut, le bois et le verre revendique une esthétique pérenne, rationnelle et responsable. L’ensemble affiche une performance énergétique exemplaire, validée par le label SméO Énergie Environnement. Mais ce manifeste formel s’accompagne aussi d’un discours assumé de la part de ses architectes : pour Flavia Sutter, architecte cheffe de projet en charge de la conception et de la réalisation du Synathlon, il s’agit en trois mots d’un bâtiment «lisible, intuitif, collectif»6L’architecte Jeannette Kuo co-fondatrice de l’agence Karamuk Kuo, le décrit comme «rationnel, sobre et humain»7

    Pourtant, comme le souligne Robert Venturi dans son chapitre «Nonstraightforward Architecture A Gentle Manifesto» dans Complexity and Contradiction in Architecture (1966), toute prétention à la clarté absolue risque d’aplatir la complexité du réel. «Je préfère une architecture complexe et contradictoire à une architecture simple et évidente», écrit-il dans son livre-manifeste. Le cas du Synathlon montre un exemple concret de ce décalage entre l’idéal formel projeté et les réalités d’usage qui émergent une fois le bâtiment habité. Cette tension initiale esquisse une question centrale : que devient un projet, si cohérent soit-il, lorsqu’il est confronté à l’imprévisible de l’usage ? 


    Des usagers s’adressent au technicien du bâtiment pour obtenir des informations sur son fonctionnement, malgré l’existence d’un guide technique envoyé par mail, qui est censé fournir toutes les explications



    Dispositifs techniques  

    Dans la continuité de son ambition architecturale, le Synathlon intègre un dispositif technique pensé comme une composante essentielle du bâtiment, et non comme un simple ajout fonctionnel. Les choix techniques tels que : stores automatisés selon l’ensoleillement, ventilation naturelle dans les bureaux et mécanique dans les salles de conférence, éclairage partiellement automatique, système de sécurité incendie lié à l’atrium, etc. participent à une logique de maîtrise technologique intégrée, permettant de proposer un bâtiment simple d’usage, performant, où la technique accompagne sans contraindre.

    Pourtant, dans la pratique, un écart se creuse. La technique, censée simplifier, tend à complexifier. Les usagers, souvent mal informés ou peu familiarisés avec les systèmes, réagissent par automatisme: ils ouvrent les fenêtres, sans savoir que deux systèmes de ventilation coexistent; ils sont surpris par les capteurs d’éclairage ou déroutés par le fonctionnement des stores. Le technicien du bâtiment l’exprime simplement : «Les gens ouvrent les fenêtres par réflexe […]  Ils se plaignent de la température: trop chaud en été, trop froid en hiver».

    Selon nous, Cette situation met en lumière un décalage: si les dispositifs techniques ont été pensés pour assurer une circulation fluide, l’expérience concrète des usagers reste marquée par des obstacles et des ruptures. A contrario, pour Flavia Sutter, c’est une question d’apprentissage et d’autonomie ; pour Jeannette Kuo, ce n’est pas un échec mais «une preuve de liberté d’usage». Quant à Yves Golay-Fleurdelys, responsable de la construction durable à l’État de Vaud et président de la commission technique, il rappelle: «L’autonomie était voulue: le bâtiment a été conçu pour ça»8.

    L’architecture n’est pas une forme figée, elle se transforme au contact de ses usagers.

    Ici encore, ces propos nous rappellent Venturi, quand il écrivait que « la validité peut résulter de l’ambiguïté plutôt que de la clarté»9. Mais ici, l’ambiguïté ne produit pas de richesse, elle crée une friction. Ce n’est pas une contradiction voulue, mais un écart structurel entre intention et usage. Le Synathlon est cohérent dans sa conception, mais cette cohérence entre parfois en conflit avec les pratiques réelles, imprévisibles des usagers. Cette tension, loin d’être un défaut, peut devenir un outil critique: elle rappelle que l’architecture n’est pas une forme figée, mais qu’elle se transforme au contact de ses usagers. Comme le souligne Daniel Pinson dans Usage et architecture, l’usage ne se limite pas à une simple fonction utilitaire; il constitue une réalité anthropologique complexe, façonnée par les pratiques, les conventions et les appropriations sociales.

    Le projet initial du noyau de circulation visait à créer un espace de libre passage. En tant qu’externes au bâtiment, nous avons pourtant été arrêtés au dernier niveau et invités à faire demi-tour. Du point de vue des usagers réguliers, en revanche, le noyau central est perçu comme un espace ouvert, fluide, et pleinement fonctionnel.


    Public ou privé ? Une ambiguïté spatiale  

    Au-delà des dimensions techniques et performatives du bâtiment, la question de l’espace partagé révèle une autre forme de tension, plus silencieuse mais tout aussi structurante: celle du statut des lieux et des frontières d’usage qu’ils dessinent. Le Synathlon a été conçu autour d’un atrium central pensé comme un espace fédérateur, traversant, lumineux, symbole d’ouverture et de fluidité. Cette figure verticale devait articuler les différentes entités du bâtiment dans une logique de continuité fonctionnelle et de mixité des usages. Mais dans les faits, l’expérience spatiale trahit cette ambition. Certaines terrasses initialement prévues comme publiques ont été progressivement privatisées par les institutions résidentes, des étages entiers sont inaccessibles au public, et la signalétique demeure ambivalente: des visiteurs accèdent à des zones restreintes sans le savoir. Lors de notre visite, cette ambiguïté s’est matérialisée lorsque nous avons été réprimandées par une personne travaillant sur place, nous signalant que nous n’étions pas invités à nous trouver dans cette zone.

    Un espace conçu comme public mais vécu comme une fragmentation d’espaces; un bâtiment supposé lisible mais perçu comme opaque dans ses transitions. 


    Les architectes elles-mêmes nuancent ce constat. Pour Sutter, «l’appropriation évolue toujours, surtout avec plusieurs institutions». Kuo reconnaît que «l’intention initiale a été en partie contredite», tandis que Golay insiste sur le fait que «seuls les espaces FISU sont réellement fermés». Ces propos soulignent la difficulté à maîtriser la plasticité réelle de l’espace partagé. Venturi, en évoquant à son époque «l’ambiguïté féconde», nous invitait à voir ces glissements non comme des erreurs mais comme des expressions du vivant. Toutefois, cette ambiguïté n’est pas orchestrée, elle est subie. Le bâtiment n’organise pas la cohabitation des fonctions, il la laisse se redéfinir sans médiation. 

    C’est dans cette perte de repères que s’exprime le paradoxe entre un noyau central qui se voulait ouvert à tout le monde, mais qui s’avère en réalité partiellement restreint par des usages institutionnels compartimentés.  

    Le passage sous voie, situé à proximité du Synathlon et entretenu par le même technicien, est très peu, voire rarement, utilisé par les usagers.


    Le passage sous voie : un aménagement ignoré  

    Après avoir examiné des objets de détail au sein même du bâtiment, il est pertinent de porter l’attention vers un aménagement plus périphérique, mais tout aussi révélateur: le passage sous voie. Cet exemple n’émerge pas directement du bâtiment, mais de son insertion dans un territoire plus large, celui du campus et de ses aménagements environnants. Il était logique de l’évoquer, car ce dispositif fait partie intégrante du trajet quotidien menant au Synathlon, en lien direct avec les infrastructures sportives voisines. Situé sous une allée arborée verdoyante, ce tunnel piéton a été conçu pour améliorer l’accessibilité au bâtiment, tout en assurant la fluidité des circulations et en s’inscrivant dans une politique plus large de connexion du campus aux rives du lac. 

    Construit à grands frais pour sécuriser la traversée de la route cantonale sans perturber la circulation automobile, cet aménagement s’inscrivait dans une logique rationnelle de fluidité et de sécurité. Pourtant, très peu de personnes l’utilisent. Les usagers continuent à traverser la route à niveau, préférant la voie directe, familière, malgré le danger. Le technicien résume avec une pointe d’ironie : «Ça a coûté un saladier, mais les gens ont la flemme de le prendre». Lors de notre visite sur place, les feux de circulation étaient en panne, rendant la traversée du passage piéton encore plus fréquente. Ce décalage entre intention et pratique illustre, à une autre échelle, comment les logiques d’usage peuvent déjouer les aménagements les plus rationnels. 


    Un label exemplaire… mais en décalage avec le vécu ?

    Le Synathlon revendique une excellence environnementale, d’abord pensée selon les standards du label Minergie. Mais comme pour beaucoup de projets, le coût de cette certification a conduit l’équipe à chercher l’équivalence10. Le projet s’est alors orienté vers le label SméO, considéré comme un équivalent lausannois. Celui-ci met en valeur une enveloppe thermique performante, l’utilisation de matériaux durables à faible énergie grise, une consommation énergétique maîtrisée, ainsi qu’un lien avec le contexte local, notamment par le recours à l’eau du lac. Toutefois, ce bilan technique positif contraste avec l’expérience des usagers. L’eau du robinet reste froide en permanence, dans un souci d’économie d’énergie. Le confort thermique n’est pas toujours à la hauteur des attentes avec des températures jugées pour parfois trop haute en été et trop basse en hiver. Ces remarques ne révèlent pas de défauts majeurs, mais une série de petits écarts qui interrogent la qualité d’usage du bâtiment, pris entre la volonté de répondre à des normes environnementales et les attentes concrètes des usagers en matière de la technique.



    La dimension artistique contre l’épreuve de l’usage  

    Pour conclure, c’est une poignée de porte qui, de manière surprenante mais parlante, condense les tensions et les intentions portées par l’ensemble du projet. Elle intervient à la suite d’un concours lancé par le Canton de Vaud pour intégrer une œuvre artistique au bâtiment, le jury composé des architectes du projet sélectionne à l’unanimité le projet de l’artiste lausannoise Aloïs Godinat. Appelée «poignée-poignée», cette pièce en bois et métal incarne un geste architectural délicat, associant matières et symboles pour inscrire l’esthétique dans l’usage quotidien. Pensée comme un lien entre le bâtiment et ses usagers, elle s’inscrit dans une volonté d’attention portée à l’expérience tactile, discrète mais signifiante. Bien qu’elle ait passé avec succès tous les tests réglementaires requis lors de sa conception et de sa sélection, cette poignée montre ses limites à l’usage quotidien. Elle s’avère sensible à l’usure et son remplacement est couteux. Le Responsable technique du bâtiment en témoigne: «Il faut les remplacer régulièrement. C’est joli, mais pas robuste.» Lors des entretiens menés, au près des responsable du projet Kuo et Golay, se sont dit surpris des critiques émises. Golay rajoute même : «Je ne suis pas au courant de problème de fragilité.» Ce décalage souligne une tension: bien que la poignée ait été conçue pour être cohérente avec les usages, elle est aujourd’hui perçue par plusieurs occupants comme l’un des éléments les plus problématiques du bâtiment. 

    Le Synathlon nous a paru froid, une impression partagée par l’architecte Sutter elle-même. L’ambiance très épurée du bâtiment contraste avec les dynamiques d’appropriation étudiante, comme en témoigne l’espace d’affichage, limité à une zone bien définie.

    Venturi écrivait que l’architecture devait composer avec les tensions entre permanence et altération, entre dessin et usage. Ici, la poignée, objet modeste mais quotidien, devient ainsi l’un des révélateurs les plus tangibles du rapport entre projet et habiter. À sa manière, elle résume le paradoxe du Synathlon: un projet cohérent dans sa conception, ambitieux dans son programme, mais qui, lorsqu’on le confronte aux usages quotidiens, laisse apparaître des fragilités inattendues. Ce type de situation dépasse largement le cas du Synathlon: il reflète une problématique récurrente dans l’architecture actuelle. Comment expliquer ces écarts entre ce qui est pensé et ce qui est vécu? S’agit-il d’un fossé persistant entre les principes théoriques de la conception et la complexité des usages réels? Ou bien d’une tension entre les logiques institutionnelles en place et les intentions des architectes? Peut-être est-ce simplement le lot commun de ces grands équipements collectifs, conçus pour être exemplaires mais qui sont confrontés à la diversité imprévisible de leurs usagers. Elle met en lumière, l’écart parfois ténu entre un projet maîtrisé sur le plan formel et les multiples ajustements de l’expérience concrète. Ce constat ne discrédite pas l’intention initiale, mais souligne combien l’habiter quotidien remet sans cesse en jeu ce qui avait été anticipé comme stable. 

    Le Synathlon est-il un échec? Certainement pas. Il s’agit d’un projet de grande qualité, tant sur le plan architectural que programmatique, qui témoigne d’une réelle maîtrise dans sa conception et son inscription territoriale. Comparé à d’autres réalisations similaires, il se distingue par la clarté de son organisation, la sobriété de ses matériaux et la justesse de son implantation. Mais cela n’empêche pas qu’il soit traversé par des tensions, non pas imputables à la performance des architectes, mais révélatrices des limites structurelles auxquelles se heurte tout projet ambitieux. Ces contradictions interrogent la capacité de l’architecture à anticiper, ou à accueillir, la diversité des usages: des logiques de circulation parfois contrariées, des appropriations limitées ou différées, des résistances informelles. Et si, derrière l’image d’un bâtiment exemplaire, telle qu’il nous était apparu à travers les documents et discours institutionnels, la véritable richesse du Synathlon résidait justement dans cette part de complexité moins visible, mais intensément vivante?

    Anne-Laure Louis-Thérèse et Sofia Pereira Sousa sont étudiantes en architecture au JMA-Fribourg.

    Notes

    1. Institut des sciences du sport de l’Université de Lausanne 

    2. Fédération Internationale du Sport Universitaire

    3. L’Académie internationale des sciences et techniques du sport

    4. International Sports Cluster

    5. Rapport de jury du concours

    6. Entretien téléphonique du Mardi 13 mai 2025 avec l’architecte Flavia Sutter

    7. Échange écrit par mail du Lundi 12 mai 2025 avec l’architecte Jeannette Kuo

    8. Échange écrit par mail du Lundi 12 mai 2025 avec Yves Golay – Fleurdelys – président de la commission technique

    9. Complexity and Contradiction in Architecture, Venturi 1966. Chapitre: A Gentle Manifesto 

    10. Entretien téléphonique du Mardi 13 mai 2025 avec l’architecte Flavia Sutter

  • Un cristal qui reflète plus qu’il ne révèle – Derrière la vitrine du Swiss Tech Convention Center de l’EPFL

    Un cristal qui reflète plus qu’il ne révèle – Derrière la vitrine du Swiss Tech Convention Center de l’EPFL


    Letizia Peres et Ilona Staiano

    Joyau de verre à la lisière du campus, le SwissTech Convention Center de l’EPFL fascine autant qu’il interroge: vitrine de l’innovation ou mirage coûteux d’un rayonnement académique rêvé?

    Porte d’entrée du campus EPFL, à l’endroit où des flots d’étudiants se dépêchent de sortir du métro, un bâtiment aux allures de cristal trône sur une vaste dalle de béton. Avec sa silhouette anguleuse, ses grandes façades vitrées et son porte-à-faux spectaculaire, le bâtiment intrigue autant qu’il interpelle. Il ne laisse aucun passant indifférent, attire l’œil sans que sa fonction ne soit directement lisible. Telle est la première impression que l’on a du SwissTech Convention Center (STCC).

    Véritable repère dans le paysage urbain, L’édifice incarne l’ambition portée par Patrick Aebischer, dont la présidence de l’EPFL (2000-2016) va résolument viser à donner une nouvelle image au campus afin d’amplifier son rayonnement, notamment avec des constructions emblématiques. Le projet du STCC s’inscrit dans le projet Campus 2010. Celui-ci vise à renforcer l’attractivité et le positionnement international de l’EPFL en dotant le site d’infrastructures d’enseignement et de recherche de pointe. Le plan intègre la création d’équipements complémentaires destinés à «favoriser une véritable vie de campus». L’objectif est alors d’«encourager une dynamique sociale riche et vivante», en résonance avec les activités académiques. Dans l’idée de faire du campus un lieu d’échange et d’innovation, l’EPFL ouvre en juin 2006 un appel d’offres qui s’adresse à des équipes pluridisciplinaires composées d’investisseurs, architectes, ingénieurs, planificateurs et constructeurs concernant «les études, le financement, la réalisation et la gestion d’un centre de conférences et rencontres, d’une galerie marchande et de logements pour étudiants et hôtes académique». C’est ainsi que sont lancés les premières esquisses de ce que l‘on appellera quelques années plus tard le Quartier Nord.

    L’appel d’offre pour le Swiss Tech Convention Center s’inscrit ainsi dans une opération urbaine à part entière. Avant le lancement de la procédure le site n’était pas urbanisé, un seul édifice expérimental y était implanté. Ce petit projet était relié au campus par le passage souterrain qui est, toujours aujourd’hui, l’un des seuls accès à cette partie du campus. C’est le bureau Richter Dahl Rocha & Associés architectes SA avec HRS Real Estate SA qui remportent l’appel d’offre. Leur projet se distingue par un repositionnement des éléments du programme. En se détachant du schéma proposé dans le cahier des charges programmatique, les architectes dessinent un projet urbain composé d’une place, un véritable espace public de référence pour le Quartier Nord. Cette piazza articule le centre des congrès, le complexe de logements étudiants et les commerces qui bordent la nouvelle station «EPFL» du métro M1. En créant un nouveau quai de métro au nord, une nouvelle porte d’entrée principale est donnée au campus. Avec ce nouvel arrêt, la ligne de métro change d’échelle: elle devient un véritable «axe de l’hypercentre», là où elle ne faisait autrefois que longer paisiblement des terrains encore vierges de toute construction.


    Un joyau pour faire rayonner l’innovation

    Concernant le nouveau centre de conférences, c’est le projet d’un cristal dont le scintillement doit éblouir et attirer de nouveaux chercheurs qui est convenu. Mais de quelle manière penser l’implantation d’un joyau de l’innovation? D’un espace en friche, le quartier Nord devient un pôle urbain dense et dynamique.  Le choix de cet emplacement augmente la liaison entre la ville et le campus. On voit se dessiner une opération plus urbaine que réellement universitaire: la construction d’un bout de ville au Nord du campus. Les architectes le soulignent eux-mêmes: « Nous avons eu la grande chance et le privilège d’imaginer et de créer un morceau de ville, qui vient compléter les infrastructures existantes du campus de l’EPFL». Il s’agit alors de compléter le campus en y greffant de nouvelles perspectives de rayonnement. Concernant le STCC, celui-ci semble prétendre à la création d’une réelle effervescence qui pourrait rythmer la vie du campus en l’ouvrant à un public extra-universitaire. «Il devait se greffer sur un large campus pour y susciter une dynamique événementielle nouvelle»1

    Ce nouveau «temple du savoir» marque une rupture formelle et symbolique dans le paysage.

    Jean Luc Rochat, responsable Région Suisse Romande STCC

    D’après les architectes du STCC, la visibilité est l’élément central qui a défini l’implantation du bâtiment sur la parcelle. Sa localisation, à la lisière du campus, constitue un réel repère dans le paysage et contraste avec les silhouettes environnantes. Il n’est donc pas question de penser un édifice qui se fond dans le tissu du campus. Au contraire, il s’agit de rompre avec celui-ci afin de mettre en scène les nouvelles ambitions de l’EPFL. Ce nouveau «temple du savoir»2 marque ainsi une rupture formelle et symbolique dans le paysage.

    Ce cristal de l’innovation s’inscrit dans un mouvement de gestes iconiques sur le campus mené par Patrick Aebischer. Le président commande un objet sculptural qui se doit de marquer les esprits. «En quelques mois seulement, dira-t-il, le Swiss Tech Convention Center est devenu une icône, un emblème, un lieu d’inspiration du Campus au même titre que le Rolex Learning Center au début des années 2010»3. Cette pensée s’inscrit dans un contexte mondial de gestes iconiques où l’image et la forme sont au cœur des réflexions. Et si l’image devenait un levier essentiel du rayonnement scientifique du campus? Le STCC, avec sa forme sculpturale évoquant une pierre précieuse étincelante fait écho à une série de bâtiments emblématiques de la période. Nous pouvons citer la Casa da Música de Rem Koolhaas à Porto, la Philharmonie de Paris de Jean Nouvel, la Fondation Louis Vuitton de Frank Gehry ou encore le Musée des Confluences à Lyon, tous imaginés à la même période. Il s’agit de projets que l’on pourrait facilement associer à ce courant de pensée du début du nouveau siècle du fait de leur forme, leur rapport au site et leur matérialité. Ces bâtiments partagent une même ambition : surprendre, interpeller, marquer. Mais à quel prix? Faut-il être spectaculaire pour être mémorable? Ces architectures-sculptures fascinent-elles vraiment ou divisent-elles autant qu’elles ne marquent? Autant de questions que soulève le STCC, véritable signal d’entrée du campus, à l’heure où l’architecture s’accorde au spectaculaire pour affirmer son statut et ses ambitions.


    Le coût d’un bijou 

    Ce centre de congrès ultra high tech, financé à hauteur de 120 millions de francs prétend faire rayonner le «made in Switzerland» à l’internationale. Il constitue un vecteur essentiel pour valoriser les avancées des chercheurs de l’Innovation Park. Véritable outil de connexion, le campus start up de L’EPFL pourra ainsi dévoiler et mettre en lumière leurs savoirs. Comme le soulignait la vice-présidente de la planification et de la logistique de l’EPFL, «pour son nouveau centre des congrès, l’EPFL a poussé encore plus loin sa réflexion systématique et innovante, en valorisant au mieux toutes les sources d’énergie disponibles à proximité et en offrant une vitrine à des technologies énergétiques émergentes». Bâtiment vitrine, il s’agit du premier au monde à utiliser un vitrage photovoltaïque basé sur une technologie développée par Michael Grätzel, un professeur et chercheur de l’EPFL. Il est également équipé de sièges rétractables utilisant un système modulable appelé Gala ou encore des parois amovibles qui peuvent disparaître en l’espace de quelques secondes.

    Transformer et jouer avec l’espace : telles sont les ambitions d’un projet modulable. Le bâtiment nous semble vivant, capable de se métamorphoser en l’espace de quelques secondes pour accueillir toujours plus d’événements. Plus qu’une vitrine, il est une carte de visite du campus et de l’innovation. Dès lors, comment maintenir l’image de ce centre des congrès qui s’inscrit dans une compétitivité internationale? De quelle manière rentabiliser une opération aussi coûteuse? Le bâtiment nous semble ouvert à tous les possibles grâce à sa modularité spectaculaire; le nombre de possibilités n’est-il pas trop ambitieux? Sa forme et tous les moyens techniques déployés sont-ils justifiés? Des questions que nous avons posées à plusieurs reprises mais qui sont toujours restées sans réponse.

    le Swiss Tech est rapidement devenu un gouffre financier pour l’EPFL, qui louait jusque 2024 les locaux pour la somme considérable de 10 millions CHF par an

    Si le centre n’est pas à la hauteur de ce qu’il prétend incarner, peut-on l’assumer? Nous sommes venues à nous demander: et si cette image de réussite n’était, au fond, qu’un discours de façade, déconnecté d’une réalité bien plus contrastée? Plus souvent animé par des événements privés que publics, certaines salles de réunion restent vides, et l’immense salle de 3000 places est rarement exploitée, si ce n’est à l’occasion de la magistrale4, événement tenu une fois par an. Surtout le bâtiment, aussi transparent soit-il, peine à s’ouvrir véritablement aux étudiants. Ses espaces restent pour la plupart sous-exploités. Certaines petites salles entrent en concurrence directe avec d’autres prestataires, et restent inoccupées. Si l’opération est le résultat d’une collaboration public-privé financée par le Crédit Suisse, le Swiss Tech est rapidement devenu un gouffre financier pour l’EPFL, qui louait jusque 2024 les locaux pour la somme considérable de 10 millions de francs par an5. Afin de diminuer les coûts d’exploitation de ce projet ambitieux, une rétrocession anticipée qui s’élève à un montant de 140 millions de francs a été effectuée en 2024, rendant la confédération propriétaire de l’ouvrage. Comment expliquer ce manque de rentabilité ?


    Géopolitiques de l’innovation

    Le STCC n’est pas seulement un objet qui appartient au périmètre du campus, bien au contraire, il s’inscrit dans une dynamique à l’échelle du marché mondial. Dès les premières lignes de la commande lancée par Patrick Aebischer, il était demandé que le centre devrait «réunir les conditions de modularité, de confort et de technicité à même de nous positionner sur la carte des alternatives aux grands sites urbains américains, européens ou asiatiques»7. Dans un marché de la compétitivité internationale, il est nécessaire de se démarquer pour pouvoir avoir une chance d’attirer des clients internationaux. Par ailleurs le marché de l’événementiel est rude et la compétition bien présente. Diego Frank, responsable du développement commercial du STCC, le confirme et nous confie que «la concurrence mondiale est énorme. Nous perdons beaucoup de congrès parce que d’autres pays européens sont beaucoup moins chers. Par exemple, en Belgique, à Anvers, les salles coûtent moitié moins cher, tout comme le service de restauration, à qualité égale. Nous ne pouvons pas dire que nous sommes meilleurs». La compétition est tellement forte, continue le responsable, et elle va bien au-delà du continent: «Il y a aussi des pays comme les pays du Golfe, par exemple, qui payent des organisateurs scientifiques pour organiser un congrès dans leur», explique-t-il. Même si Martin Kull, CEO et l’un des propriétaires du STCC affirme que «le SwissTech Convention Center figure parmi les centres de congrès les plus modernes et les mieux équipés au monde»8, nous pouvons remettre en question cette affirmation en la confrontant à la compétitivité mondiale qui réactualise en permanence les classements. Si le STCC se démarquait par sa modularité en partie possible par le Gala System qui n’était que très peu utilisé dans les centres de congrès du monde lors de son inauguration, il va rapidement se faire dépasser par de nouveaux centres. À titre d’exemple aux États-Unis, à Dallas, près de six centres de congrès vont être construits en utilisant le Gala System pour des salles d’une capacité supérieure. Diego Frank souligne que la pandémie du Covid 19 a entraîné une diminution de la rentabilité des centres de congrès: «depuis le covid, notre business s’est complètement écrasé». Aujourd’hui, de nombreuses conférences se tiennent en ligne, par le biais du numérique, ce qui a drastiquement réduit la rentabilité économique des centres de congrès, lesquels traversent une crise profonde à l’échelle mondiale. À titre d’exemple local, l’Expo Centre SA qui exploite le centre de congrès et foires Forum Fribourg à Fribourg a fait faillite et a été contraint de fermer ses portes en 2021 à la suite de la pandémie. En France, le schéma est le même. Comme nous le lisons dans un article du Monde9 concernant les centres des congrès, les salons et les foires en France: «Premiers à terre, derniers à se relever? Le secteur de l’événementiel, qui s’était effondré en quelques jours à la survenue de la crise sanitaire en mars 2020, sera certainement l’un des derniers à monter dans le train de la reprise économique. Un coup dur pour une filière qui revendiquait avant la crise 41’000 salariés et dix fois plus d’emplois indirects, selon l’Union française des métiers de l’événement (Unimev). Depuis l’irruption du Covid-19, 18.1% des postes ont été détruits, d’après une enquête menée auprès 1’100 entreprises adhérentes». Le STCC n’est ainsi pas le seul centre des congrès à traverser des difficultés économiques. C’est une baisse de rentabilité généralisée se fait sentir depuis plusieurs années. Alors comment faire face à cette crise? Quelle stratégie l’EPFL veut-elle maintenant adopter? Quel type de clients faut-il aller chercher? Le centre doit-il ouvrir ses portes à des clients qui s’écartent du cadre académique de l’EPFL ou, au contraire, assumer pleinement sa vocation académique au prix de pertes financières? En réalité, les ambitions ne semblent pas avoir changé depuis l’ouverture du centre. Il est toujours d’actualité que le centre ne puisse accueillir que des évènements en lien avec la portée académique du campus. Cette décision implique de fermer les portes à un grand nombre d’investisseurs et donc d’assumer que le centre ne soit pas rentable. Comme le souligne Diego Frank, «il faut dire que chaque centre des congrès n’est pas profitable. Ils sont très grands, ils nécessitent de beaucoup de staff, beaucoup de technologies, et les investisseurs le savent. Un centre des congrès doit être profitable techniquement, car les centres de congrès sont un multiplicateur pour attirer des gens qui viennent voir des conférences et qui par la suite, remplissent les hôtels, les restaurants, vont acheter dans les commerces. C’est donc ça aussi la stratégie».

    À l’heure actuelle, le cristal tend davantage à rayonner ponctuellement qu’à scintiller en permanence. Par ailleurs, l’EPFL exige du centre une rentabilité plus importante. Un paradoxe émerge. Combiner une hausse de la rentabilité et le maintien des ambitions académiques de l’EPFL devient un réel défi.

    Le SwissTech Convention Center, un centre synchronisé aux fuseaux horaires du monde entier.


    À qui appartient le joyau?

    La modularité, idée centrale du projet permet une grande flexibilité d’usage et d’opportunités évènementielles. Mais à qui profite cette modularité? Qui occupe réellement ces espaces? Si le Swiss Tech semble très transparent du fait de ses grandes façades vitrées, pourtant, celles-ci masquent une forme d’opacité d’usage. Les espaces les plus fréquentés par les étudiants, professeurs, chercheurs ou visiteurs sont ceux qui entourent le STCC. Les commerces, l’hôtel, les résidences étudiantes attirent des flux massifs d’étudiants, chercheurs ou professeurs. Si nous pouvions dessiner des centaines de parcours qui se croisent tous les jours à son alentour, il se pourrait bien que presque toutes contourneraient le Swiss tech qui ne leur ouvre que rarement ses portes. Devant l’inoccupation de certains espaces, nous pouvons nous demander pourquoi ne pas le rendre plus perméable à ceux qui fréquentent le site au quotidien. La transparence est requestionnée. 

    Les grandes façades vitrées masquent une forme d’opacité d’usage

    Ne serait-il pas l’heure d’ouvrir l’imaginaire et de proposer de nouvelles occupations pour faire vivre le bâtiment en exploitant toutes ses capacités? Il est l’heure de remembrer les attendus d’un centre qui vit sous différents fuseaux horaires et non pas à l’échelle d’un campus. Comment rendre ce cristal moins opaque? Entre la philosophie de l’EPFL qui reste inchangée et tous les possibles qu’offre ce lieu, il est peut-être temps de ne plus freiner le développement de ce joyau technologique, capable d’élargir considérablement son rayonnement. Diego Frank souligne le potentiel du lieu qui pourrait s’ouvrir à plus de programmes. «Parfois, je pense qu’on doit penser out of the box et pour le moment, nous sommes très classiques, on fait des conférences et événements scientifiques et médicaux, mais je pense qu’il y énormément de potentiel avec l’e-sports, avec le domaine des IA et surtout avec les 15 000 étudiants de l’EPFL juste à côté de nous. Nous avons du potentiel pour faire plus ici». Une foule d’événements est possible. Pourrions-nous imaginer une réelle mixité d’usages combinant occupations éphémères et permanentes? Le STCC ne pourrait-il pas accueillir les chercheurs de l’Innovation Park? Accueillir des occupations plus pérennes, des programmations mixtes, des espaces partagés plus que des événements privés ponctuels? Pourquoi ne pas accueillir les Polymanga? Des spectacles de danse, des chorales, des pièces de théâtre? Laissons s’exprimer notre imagination pour rendre ce cristal moins opaque mais plus scintillant.

    Entre silences et paroles, un centre qui connait le vide autant que la vie.


    Notes

    1 Patrick Aebischer cité dans le livre the SwissTech Convention Center EPFL Quartier Nord,École Polytechnique Fédérale de Lausanne », éditions Favre SA, Lausanne, 2014

    2 Jean Luc Rochat, responsable Région Suisse Romande

    3 Patrick Aebischer cité dans le livre the SwissTech Convention Center EPFL Quartier Nord,École Polytechnique Fédérale de Lausanne », éditions Favre SA, Lausanne, 2014

    4 Cérémonie de remise des diplômes

    5 « Le SwissTech Convention Center passera aux mains de la Confédération ». Le Temps, 29.06.2022

    6 Patrick Aebischer cité dans le livre the SwissTech Convention Center EPFL Quartier Nord,École Polytechnique Fédérale de Lausanne », éditions Favre SA, Lausanne, 2014

    7 Martin Kull, CEO et propriétaire

    8 Vermeylen Margot, « Evénementiel : pour la reprise, rendez-vous à la rentrée ». Le Monde, 03.07.2021

  • L’Unithèque s’agrandit

    L’Unithèque s’agrandit

    Entre dialogue et décalage: l’extension de l’Unithèque à l’épreuve de son modèle


    Mathias Rouiller et Meg Varone


    Un héritage à prolonger 

    Située au cœur du campus de Dorigny, l’Unithèque représente un emblème dans le paysage universitaire de Lausanne. Conçue par Guido Cocchi en 1983, elle incarne un geste architectural fort, mêlant paysage – avec sa vue panoramique sur le lac et les alpes – et volumétrie – avec son implantation en amphithéâtre dans la topographie de la parcelle.

    Avec l’essor démographique de l’Arc lémanique et l’augmentation du nombre d’étudiants à l’UNIL, une extension devenait indispensable pour répondre aux besoins des utilisateurs. Pour se faire, l’État de Vaud et l’UNIL prévoient de construire une extension visant à multiplier par deux la capacité du bâtiment existant. Lors du concours, certains architectes ont choisi de respecter l’extension proposée par Cocchi, en s’inscrivant à l’arrière du bâtiment existant. D’autres, en revanche, ont pris le parti du détachement, abordant le projet comme une occasion d’introduire une nouvelle architecture.

    Lauréat du concours, le bureau Fruehauf, Henry & Viladoms (FHV) relève ce défi en proposant une intervention qui prolonge l’esprit du bâtiment, en s’implantant à l’arrière tout en apportant des réponses actuelles aux exigences contemporaines. Cet article propose d’en analyser les concepts à travers quatre axes de lecture : implantation, typologies, échelles et atmosphères.

    Aménagement provisoire lors de l’ouverture du 26 mai 2025.


    Entre effacement et mise en scène

    L’extension de l’Unithèque s’inscrit dans une démarche attentive à la logique d’implantation du bâtiment original conçu par Guido Cocchi. À l’époque, l’architecte prévoyait que la bibliothèque puisse s’agrandir dans le temps. Il rejetait l’idée d’une prolongation du bâtiment en arc de cercle, estimant qu’elle créerait des parcours excessivement longs et peu fonctionnels. Il proposait au contraire un agrandissement à l’arrière, dans le prolongement naturel de la pente.

    Le projet respecte cette vision en implantant le nouveau volume en retrait et dans la continuité de la topographie. Loin de détourner l’attention de la façade lacustre emblématique, il préserve son rôle principal dans le dispositif du campus. L’extension reprend la volumétrie en éventail du bâtiment existant, lui permettant de s’intégrer dans l’ensemble sans chercher à rivaliser formellement.

    Le nouveau geste architectural reste conséquent mais presque invisible depuis les espaces publics

    Le nouveau geste architectural reste conséquent mais presque invisible depuis les espaces publics principaux, dans une volonté affirmée de ne pas perturber le caractère paysager du site. En plan comme en coupe, le bâtiment devient un seul corps continu, articulé autour de la pente, où les deux parties se rejoignent. Cette intégration topographique rend la transition fluide entre l’existant et le nouveau, tout en prolongeant l’esprit de discrétion défendu par Cocchi.

    En haut l’Unithèque telle que conçue par l’architecte Cocchi, en bas le chantier de l’extension à l’arrière du bâtiment.

    Terrasses, transitions et clarifications spatiales

    Le plan de l’extension s’inscrit dans la continuité du schéma en éventail développé par Cocchi, dont la géométrie répondait déjà à une logique de rationalisme structurel et d’optimisation des vues. Ce choix permet non seulement une résonance formelle à l’existant, mais il prolonge aussi l’organisation extérieure en terrasses, véritable enjeu typologique du projet initial.

    L’espace se développe à partir d’un nouveau parcours qui débute dès l’entrée principale et guide l’usager à travers une succession de plateaux organisés en cascade. Cette nouvelle circulation intérieure offre une transition fluide vers l’extension tout en mettant en scène la pente naturelle du terrain.

    Le lien entre les deux bâtiments n’est pas seulement structurel ou fonctionnel: il devient perceptible par des jeux d’ouvertures notamment sur le plateau reliant existant et extension et par la mise en scène d’un balcon intérieur créant un dialogue visuel entre les niveaux supérieurs. Ce système contribue à maintenir une certaine cohérence typologique, sans renoncer à une réinterprétation contemporaine des logiques d’usage.

    La proposition d’agrandissement de Cocchi qui s’inscrivait à l’arrière de l’existant

    Projet lauréat du bureau Fruehauf, Henry & Viladoms (FHV), plan du plateau d’étage, 2017


    Entre bibliothèque de proximité et geste institutionnel

    L’architecture de Cocchi adopte une échelle modeste où les portées sont limitées. L’espace y est dense, feutré, à taille humaine, renforçant le caractère accessible du lieu. L’extension s’inscrit dans une autre logique. Si elle reprend la structure en terrasses, elle adopte une échelle plus institutionnelle. Les grandes portées, la hauteur des volumes, la dissimulation des éléments techniques évoquent davantage l’univers muséal que celui d’une bibliothèque et la filiation avec le nouveau MCBA  semble équivoque. L’absence de vue sur le lac, compensée par la générosité des volumes intérieurs, révèle une volonté de créer une forme de monumentalité intérieure.

    Les grandes portées, la hauteur des volumes, la dissimulation des éléments techniques évoquent davantage l’univers muséal que celui d’une bibliothèque

    La suppression du campanile initialement prévu a recentré le projet sur une volumétrie plus contenue. Ce retrait contribue paradoxalement à renforcer la cohérence d’échelle avec l’ensemble existant, tout en évitant une surenchère formelle. À la place, pour marquer le nouvel accès au bâtiment, un portique d’entrée a été aménagé. Il vient remplacer l’entrée initiale, désormais trop petite et inadaptée à l’échelle du nouvel ensemble.

    Initialement estimée à CHF 71 millions, la facture finale de l’extension de l’Unithèque pourrait atteindre 98,2 millions de francs, suite à trois crédits supplémentaires accordés par le Conseil d’État vaudois. Les raisons de cette hausse tiennent à des imprévus géologiques, à des coûts de construction sous-évalués, mais aussi à des choix qualitatifs: augmentation du recours au bois, amélioration du traitement de l’air pour les collections patrimoniales, et extension du champ photovoltaïque initialement prévu.

    L’ambiance domestique de l’ancienne bibliothèque.

    La monumentalité du nouveau projet avec ses portées de plus de 30 mètres.


    Du domestique au public

    Dans le bâtiment original, l’ambiance est chaleureuse : moquette orange, détails en bois, lumière diffuse. Cocchi rend visible la technique de l’édifice, dans une logique presque didactique, où l’étudiant comprend l’espace qu’il occupe comme si le bâtiment était un livre ouvert qu’il peut consulter (Nadja Maillard, 2013).

    A l’inverse, l’extension adopte une matérialité plus brutale marquée par la dominance du béton, des teintes neutres et un systèmes technique dissimulé. Selon les architectes, quelques éléments en bois viennent nuancer cette atmosphère: les mains courantes, le mobilier et le plafond du desk. Néanmoins, leur présence reste très ponctuelle. Ce choix, arrivé tardivement pendant l’exécution, répond autant à des contraintes budgétaires qu’à une volonté d’instaurer une ambiance chaleureuse à l’ensemble très minéral du projet. On assiste alors à une forme de non-choix dans l’expression de la matérialité, qui révèle une atmosphère faite de compromis, ni réellement affirmée ni vraiment contextuelle. Peut-on encore y reconnaître l’esprit de l’UNIL?

    D’un lieu chaleureux et convivial, on passe à un d’espace monumental et glacial.

    L’utilisation du métal dans les étagères, mise en place pour des raisons de délai et de conservation des ouvrages, reprend certes la matérialité des rayonnages du bâtiment initial. Pourtant, la perception générale diffère: d’un lieu chaleureux et convivial, on passe à un d’espace monumental et glacial.


    Une continuité interprétée

    L’extension de l’Unithèque ne s’inscrit ni d’une rupture radicale, ni d’une imitation servile. Elle s’inscrit dans un dialogue critique avec l’existant, prolongeant certaines intentions fondatrices, ancrage topographique, géométrie en éventail ou encore une organisation en terrasses, tout en assumant une nouvelle matérialité, une échelle amplifiée et une atmosphère résolument institutionnelle.

    Plutôt qu’un prolongement littéral, le projet propose une relecture contemporaine des besoins universitaires: accueillir un plus grand nombre d’usagers, intégrer des fonctions complémentaires, répondre à des normes techniques plus complexes. Il incarne une vision ambitieuse de l’espace académique. Toutefois, cette ambition soulève des interrogations.

    Est-il nécessaire de déployer un tel dispositif spatial pour répondre aux usages ordinaires d’une bibliothèque? Une telle monumentalité est-elle justifiée, ou risque-t-elle de créer une distance symbolique entre l’architecture et ses usagers?

    La lumière, la clarté des volumes et la fluidité des parcours offrent un cadre de travail à la fois impressionnant et serein.

    Cela dit, la visite in situ nuance ces réserves. Ce que l’on pouvait craindre d’étouffant ou de démesuré à la lecture des plans, se révèle, dans l’expérience sensible de l’espace, étonnamment accueillant. La lumière, la clarté des volumes et la fluidité des parcours offrent un cadre de travail à la fois impressionnant et serein. On s’y projette aisément comme étudiant, porté par une spatialité généreuse, silencieuse et maîtrisée.

    Reste à savoir ce qu’en diront les véritables usagers : les étudiants eux-mêmes, lorsque l’ensemble du bâtiment, extension et rénovation comprise, sera pleinement accessible et pourra être vécu au quotidien. C’est sans doute là que se jouera, en définitive, le véritable verdict architectural qui a débuté en mai dernier par l’ouverture partielle de l’espace.

    Sources

    BAUMANN, Adrian, 2023. Le chantier de l’Unithèque se dévoile. BCUL [en ligne]. 30 août 2023. Disponible à l’adresse : https://www.bcu-lausanne.ch/la-vie-a-la-bcul/le-chantier-de-l-unitheque-se-devoile/

    BONARD, Clément et ATS, 2024. Université de Lausanne : Nouvelle hausse des coûts des travaux de la « banane » . 24 Heures [en ligne]. 19 janvier 2024.
    Disponible à l’adresse : https://www.24heures.ch/universite-de-lausanne-nouvelle-hausse-des-couts-des-travaux-de-la-banane-689069861067

    Espazium Competitions, 2015. Extension du bâtiment Unithèque à Dorigny, une nouvelle bibliothèque pour l’Université de Lausanne. [en ligne]. Disponible à l’adresse : https://competitions.espazium.ch/fr/concours/decides/extension-unitheque-dorigny-nouvelle-bibliotheque-universite-lausanne

    MAILLARD, Nadja, 2013. L’Université de Lausanne à Dorigny.
    ISBN 978-2-88474-280-1

    Céline Fontannaz, La bibliothèque universitaire lausannoise va s’agrandir à Dorigny. rts.ch [en ligne]. 2 février 2015. Disponible à l’adresse : https://www.rts.ch/info/regions/vaud/6508792-la-bibliotheque-universitaire-lausannoise-va-sagrandir-a-dorigny.html

    RTS. 2024. La facture de l’agrandissement de la « Banane » ne cesse de gonfler. rts.ch [en ligne]. 19 janvier 2024. Disponible à l’adresse : https://www.rts.ch/info/regions/vaud/14637745-la-facture-de-lagrandissement-de-la-banane-ne-cesse-de-gonfler.html

    Cedric van der Poel, 2016. Le poids de l’histoire. [en ligne]. 30 mars 2016.Disponible à l’adresse : https://www.espazium.ch/fr/actualites/le-poids-de-lhistoire

  • Symbiose ou conflit sous la toiture de Kengo Kuma

    Symbiose ou conflit sous la toiture de Kengo Kuma


    Pensé pour rapprocher les mondes de l’art, de la science et de la vie universitaire, le bâtiment « Under One Roof » n’a jamais trouvé comment les faire cohabiter.

    Thibault Koulmey et Alexandre Tâche

    Inauguré en 2016, le bâtiment Under One Roof sur le campus de l’EPFL devait incarner une nouvelle étape dans l’évolution du campus, passer d’un site universitaire fermé à un lieu d’échange ouvert. Après le Rolex Learning Center ou le Swisstech Convention Center, l’EPFL a poursuivi cette stratégie en lançant un concours international sur invitation, destiné à attirer des agences de renommées. L’ambition ne concernait pas uniquement la forme, mais aussi les usages: faire du campus un pôle visible d’expositions et d’activités liées aux arts et à la recherche.

    Façade donnant sur la cour (Photo: Tâche Alexandre)

    C’est dans ce contexte qu’a été choisi le projet de l’architecte japonais Kengo Kuma, dont la proposition consistait en une structure élancée en bois, s’insérant dans la topographie. Le bâtiment regroupe trois programmes: un café/restaurant, un espace d’exposition artistique, et un autre consacré à la recherche scientifique. Mais derrière cette ambition affichée, le projet Under One Roof est né d’un contexte politique et institutionnel plus complexe. Dès ses origines, le bâtiment portait l’empreinte de Patrick Aebischer, président de l’EPFL à l’époque, qui souhaitait positionner le campus comme un lieu d’avant-garde pour l’art. Ce projet était notamment lié à un partenariat avec la Fondation Gandur, qui espérait exposer ses collections dans le nouveau bâtiment.

    Le projet déjà en construction a dû être reconfiguré, perdant ainsi une partie de sa cohérence initiale.

    Ce partenariat a pourtant rapidement tourné à la crise. La Fondation Gandur, souhaitant jouer un rôle central dans la gouvernance du lieu. Les conflits autour de la direction artistique, du financement et des conditions d’exposition ont conduit à une rupture brutale entre les deux parties en 2017. Le projet déjà en construction a dû être reconfiguré, perdant ainsi une partie de sa cohérence initiale. Comme l’ont révélé plusieurs enquêtes journalistiques (RTS, 2015–2018), les bases institutionnelles du projet étaient instables dès le départ. Malgré ce contexte, le bâtiment a ouvert ses portes avec plusieurs expositions notables. Parmi elles, Noir c’est noir, une exposition marquante autour de la couleur noire dans les arts et les sciences, organisée en collaboration avec divers laboratoires de l’EPFL. Ces initiatives ont montré la richesse potentielle d’un dialogue entre disciplines artistiques et scientifiques. Pourtant, cette dynamique n’a pas suffi à stabiliser le programme.

    Toiture entrée Nord (Photo: Thibault Koulmey)

    Le bâtiment se distingue par sa toiture en ardoise, ses matériaux sobres et ses lignes élancées. Il s’insère avec délicatesse dans la pente, créant un dialogue avec le reste du site. Plusieurs usagers soulignent son caractère singulier: «Il est vraiment différent des autres bâtiments du campus», note un étudiant en master de microtechnique. «Il a une ambiance japonaise, je le recommande à des visiteurs.» Mais derrière cette légèreté apparente, l’architecture a été contrainte par des exigences muséographiques. Le bâtiment a été conçu selon une logique de «white box», un principe muséal qui impose des espaces fermés, sans ouverture, pour garantir la neutralité des conditions d’exposition.

    Cela explique en partie la fermeture physique du bâtiment, pourtant pensé au départ comme traversant et ouvert. «Des modifications dans le projet initial ont rendu ce bâtiment très fermé», constate Cyril Veillon. L’entrée nord depuis l’Esplanade, bien qu’emblématique, est aujourd’hui peu utilisée, et les volumes intérieurs apparaissent difficilement lisibles pour les usagers. Ce sentiment est partagé par les étudiants. «Le bâtiment a l’air fermé sur lui-même. La façade sans vitre nous invite plus à le longer qu’à entrer dedans», commente le même étudiant. «Ce n’est pas un endroit où on va étudier, c’est juste pour traverser.»

    L’EPFL poursuivait un objectif clair: faire du campus un espace ouvert aux arts et à l’innovation scientifique, en mettant en valeur ses laboratoires par le biais d’expositions. Le projet de Kuma, fluide et modulable, semblait bien répondre à cette ambition. Mais la crise avec la Fondation Gandur a déstabilisé ce programme.

    Façade sud, Montreux Jazz Café (Alexandre Tâche)

    Cyril Veillon nous explique que les trois fonctions (restaurant, expositions artistiques, expositions scientifiques) ont coexisté, mais sans créer de synergies réelles. À l’exception de quelques événements partagés, les usages sont restés fragmentés. L’équipe de programmation, peu intégrée à la vie du campus, n’a pas réussi à créer un lien fort avec les étudiants et chercheurs. Cette absence de stratégie unifiée a nui à l’identité du lieu. «J’ai visité une expo une fois tous les six mois», nous dit l’étudiant interrogé. «C’est plus un endroit que je longe».

    «Le bâtiment est resté passablement muet. Il n’a pas réussi à attirer les usagers du campus.»

    Cyril Veillon

    Si la pandémie de Covid-19 a ralenti les débuts du bâtiment, la programmation perçue comme élitiste, le cloisonnement des fonctions, le manque de visibilité dans les circuits étudiants, n’ont pas aidé au développement du projet dans le campus. 

    Cyril Veillon le reconnaît: «Le bâtiment est resté passablement muet. Il n’a pas réussi à attirer les usagers du campus.» La décision de fermer les espaces d’exposition à l’été 2025 acte l’échec du programme initial. Seul le restaurant restera ouvert. Cette situation interroge: pourquoi un bâtiment aussi bien situé, aussi soigné architecturalement, n’a-t-il pas trouvé son public? Comment expliquer un tel écart entre l’intention et la réalité?

    «Peut-être qu’on pourrait y faire des espaces de travail?»

    Un étudiant

    Le bâtiment de Kengo Kuma ne manque pas de qualités. Il s’inscrit dans le site avec justesse, suit la pente, crée une place là où il n’y avait qu’un vide. Il s’intègre harmonieusement dans le campus, avec une présence discrète mais forte. En ce sens, il est très différent des autres bâtiments emblématiques du campus, souvent plus monumentaux. Mais l’histoire de ce projet révèle une instabilité dès le début. Il a été porté par une volonté personnelle forte, celle de l’ancien président Aebischer, puis fragilisé par un scandale autour de la gouvernance et du rôle de la Fondation Gandur. Ce défaut d’ancrage initial se retrouve dans la difficulté qu’a eue le bâtiment à s’adresser à ses usagers.

    Façade est, donnant sur place, vue comme assez fermée (Thibault Koulmey)

    Aujourd’hui, il est là. Construit, peu utilisé, mais encore riche de possibilités. Comme le propose l’étudiant interroge: «Peut-être qu’on pourrait y faire des espaces de travail?» Une idée simple, mais concrète. Le lieu pourrait devenir un espace hybride, accessible, adaptable. Under One Roof mérite mieux qu’un abandon silencieux. Il mérite une deuxième chance. Il appartient maintenant à l’EPFL, c’est à ses usagers de lui redonner un rôle.

    Notes

    Sources :

    Interview avec Cyril Veillon / Directeur Archizoom
    Interview avec un étudiants en microtechnique à l’EPFL (Rémi)

    Photographies :
     Thibault Koulmey
    Alexandre Tâche

    Jodidio, Philip. Under One Roof: EPFL ArtLab in Lausanne by Kengo Kuma. Munich ; New York : Prestel, 2019. 176 p. ISBN 978-3-7913-5805-5.

    Articles en ligne

    RTS. Le divorce est consommé entre la Fondation Gandur et l’EPFL [en ligne]. 18 octobre 2018. Disponible à l’adresse : https://www.rts.ch/info/suisse/9849255-le-divorce-est-consomme-entre-la-fondation-gandur-et-lepfl.html

    RTS. Pose de la première pierre du projet « Under One Roof » à l’EPFL [en ligne]. 11 novembre 2014. Disponible à l’adresse : https://www.rts.ch/info/regions/vaud/6565711-pose-de-la-premiere-pierre-du-projet-under-one-roof-a-lepfl.html

    RTS. L’embarrassant contrat de l’EPFL avec la Fondation Gandur pour l’art [en ligne]. 3 février 2016. Disponible à l’adresse : https://www.rts.ch/info/suisse/7667231-lembarrassant-contrat-de-lepfl-avec-la-fondation-gandur-pour-lart.html

    ARQUITECTURA VIVA. Experimental Pavilions in EPFL [en ligne]. Disponible à l’adresse : https://arquitecturaviva.com/works/experimental-pavilions-in-epfl

    ESPAZIUM. Le spectacle du savoir [en ligne]. 2 février 2017. Disponible à l’adresse : https://www.espazium.ch/fr/actualites/le-spectacle-du-savoir

    ESPAZIUM. L’art de la simplicité [en ligne]. 27 février 2017. Disponible à l’adresse : https://www.espazium.ch/fr/actualites/lart-de-la-simplicite

    RTS. ArtLab, un bâtiment dédié à la science et à la culture inauguré à l’EPFL [en ligne]. 14 novembre 2016. Disponible à l’adresse : https://www.rts.ch/info/regions/vaud/8139550-artlab-un-batiment-dedie-a-la-science-et-a-la-culture-inaugure-a-lepfl.html

  • Le Vortex, une masse attirée par le centre ?

    Le Vortex, une masse attirée par le centre ?

    Le Vortex se veut une réponse emblématique à la densification universitaire et à la crise du logement étudiant. Mais derrière l’ambition affichée et la puissance du geste architectural se cache un projet aux limites évidentes, tant sur le plan de l’aménagement urbain que de la qualité des espaces paysagers.

    Izadora Botelho et Tulay Basagac

    Un village en spirale

    Cet immeuble destiné au logement étudiant, est né d’une décision politique visant à soutenir la candidature de Lausanne pour accueillir les Jeux Olympiques de la Jeunesse (JOJ) 2020. Il devait loger 1 700 athlètes avant d’être transféré à l’université de Lausanne pour un usage à long terme. Dürig, l’architecte en charge de ce projet, avait pour objectif principal de créer une architecture favorisant la cohabitation entre les habitants. Il parle de village-rue et cite dans le livre Le Vortex: l’architecture du cercle: « Certains villages sont organisés autour d’une place ou d’une église, et d’autres se forment le long d’un chemin de deux kilomètres, qui est aussi une spirale ».

    La volonté architecturale était d’ordre typologique et non volumétrique.

    L’architecte laisse entendre que la volonté architecturale était d’ordre typologique et non volumétrique. Il développe ainsi un projet de bâtiment à cour et coursives ciruclaires, des dispositifs qui, par leur forment, invitent à habiter un centre. Le concept est renforcé par l’appelation « Vortex » : ce therme évoque une architecture centripète et dynamique, qui aspire les flux humains ver un centre attractif, comme un point de convergence sociale.

    Historiquement, les villages construits en cercle favorisent l’égalité et la centralité dans la manière de vivre. Cette disposition encourage l’inclusion, la communication et la visibilité mutuelle. La cour, quant à elle, offre un espace semi-public propixe aux rencontres dans un cadre sécurisé. Socialement, ces aménagements renforcent le sentiment de communauté.

    Cependant, regrouper un village en cercle touche un aspect fondamental de l’architecture : celui de délimiter, de créer un «dedans» et un «dehors». Cette forme est souvent été utilisée comme une mesure défensive, une manière de se protéger des dangers extérieurs. Elle crée une proximité à l’intérieur des remparts, mais induit également une séparation vis-à-vis de la ville environnante.

    Dans le projet du Vortex, nous allons analyser comment ces dispositifs architecturaux, visant à orienter la vie sociale vers le noyau central, sont vécus par les usagers, et comment le bâtiment interagit avec son environnement.

    Les limites du concept 

    Nous sommes allés sur place pour comprendre comment se vit le Vortex. Les entretiens avec les habitants et les commerçants nous ont permis d’évaluer si le projet, qui vise à animer un village le long d’un chemin, est réalisable grâce aux dispositifs architecturaux imaginés par Dürig. 

    «On fait de la résistance, on fait pousser quelques plantes devant notre local»

    Un commerçant

    Nous avons remarqué que le bâtiment actuel, avec ses coursives extérieures, semble parfaitement adapté pour accueillir des étudiants à long terme. Ces derniers apprécient généralement les lieux calmes, tout en favorisant les échanges. Malgré certaines réserves concernant le manque d’intimité causé par le passage sur les coursives, les étudiants interrogés ont généralement exprimé une perception positive. Ils ont souligné la qualité architecurale du bâti, la bonne isolation phonique, ainsi que l’utilité sociale des coursives. 

    Les utilisateurs du vortex expriment une satisfaction générale quant à la localisation privilégiée du site, bien que la place centrale soit négligée. Lorsqu’ils sont interrogés sur l’usage de la cour et la vie sociale au sein du bâtiment, les habitants soulignent une absence de qualité paysagère et de dynamisme collectif au sein de la résidence.

    Bien que le Vortex soit apprécié par un grand nombre d’étudiants, l’usage de son aménagment urbain soulève néanmoins quelques questions. Par son geste architectural fort et l’ambition portée par sa forme emblématique, le Vortex répont certes à la crise du logement étudiant, mais révèle également les limites évidentes imposées par cette géométrie  imposante.

    Vue aérienne du Vortex, ©Fernando Guerra | FG+SG

    Une forme emblématique, mais peu contextuelle

    Cet objet circulaire, remarquable d’un point de vue visuel, crée une rupture nette avec le tissu urbain environnant. Agissant comme une forme d’autorité, cet anneau de 130 mètres de diamètre évoque un village fortifié, replié sur lui-même. Sa monumentalité concave rompt tout dialogue avec le campus universitaire, la ville voisine ainsi que les espaces naturels alentour, comme la forêt.

    «We don’t really know our neighbors»

    Un étudiant étranger

    Initialement pensés pour animer le projet et générer une dynamique urbaine en lien avec le voisinage, l’idée des commerces en rez-de-chaussée est également un moyen de rencontre pour les étudiants. Toutefois, ces espaces, accessibles depuis la cour centrale, ne sont pas véritablement mis en valeur. Les trois entrées du bâtiment, assez discrètes et peu aménagées, n’invitent pas le public dans ce complexe de manière à enrichir les commerces. 

    Le bâtiment semble s’auto-suffire, mais cette absence d’ouverture à l’extérieur, cette fermeture sur lui-même, contribue malheureusement au non-fonctionnement de ces espaces commerciaux en limitant leur attractivité, comme en témoigne la fermeture de la terrasse située en toiture. Cette centralité et cette fermeture de son aménagement illustrent un projet sans communication directe avec les usagers. 

    Le bâtiment manque d’articulations fines avec les espaces publics ainsi qu’avec les abords immédiats. Au sein du bâtiment, des seuils, des transitions ainsi que des lieux de rencontre ou de travail aux étages, où les étudiants peuvent s’approprier les espaces, pourraient créer une interaction avec les usagers internes et externes, faisant du Vortex un véritable morceau de ville. Ces remarques nous rappellent l’intention de Dürig, telle que formulée dans l’ouvrage Le Vortex Architecture du cercle: « Nous avons plutôt cherché à trouver une architecture permettant de faire cohabiter les gens. » 

    Une cour centrale surdimensionnée… mais sous-exploitée

    Le cœur même du Vortex, cette immense cour intérieure, reflète les limites d’un espace mal aménagé et difficilement appropriable. Pensée comme un espace communautaire, cette cour généreuse, aux dimensions quasi urbaines, crée une échelle disproportionnée qui tend à intimider plutôt qu’à inviter les usagers à s’y installer. Le manque d’aménagements adaptés, l’absence de plantations structurantes ou de zones ombragées contribuent à faire de ce lieu un espace minimaliste, presque stérile, dont l’usage et l’appropriation par les étudiants demeurent difficiles. 

    Dans le contexte paysager, le Vortex semble se refermer sur lui-même. Il ne tisse aucun véritable lien avec son environnement et tourne le dos à la ville. Tout paraît se jouer à l’intérieur du bâtiment ou ailleurs sur le campus. Ce manque d’ouverture se fait ressentir dans l’usage du lieu: la cour reste vide, ou en tout cas, elle ne contribue pas autant qu’on pourrait l’espérer à une vie communautaire étudiante. 

    La place centrale, qui historiquement servait d’espace d’expression démocratique, de marché, de fête ou de protestation,  reste en marge de la vie sociale du Vortex.  Ce «forum vivant», qui devait être le point de rencontre central des étudiants, ressemble malheureusement plus à un symbole qu’à un espace réellement actif et unificateur.  

    Rendu image 3D du projet  (Courtesy of Dürig AG)

    Photo de la cour du Vortex, avril 2025 (Izadora Botelho)

    Une cour habitée?

    Si l’espace central est vide, pourquoi ne pas envisager de renouer avec l’histoire agricole du site pour lui redonner vie ? 

    En aménageant des jardins sauvages, en laissant pousser des herbes hautes et en permettant aux animaux de vagabonder librement, on pourrait atténuer la rigidité du lieu et recentrer l’attention des usagers sur l’espace collectif, afin de favoriser les interactions sociales.

    Cour intérieure ambiance prairie, montage personnel (Tulay Basagac)

    Notes


    Lieux: Lausanne

    Date de construction: 2017-2019

    Architecte responsable du concept architecturalprojet: Jean-Pierre Dürig (Dürig AG)

    Architecte responsable de la conception détaillée du projet: Itten + Brechbühl SA

    Partenariat: public-privé

    Maitres d’ouvrages: Caisse de pension de l’Etat de Vaud

    Couts: 156 millions

    Surface au sol : 36’700 mètres carrés

    Hauteur : 29 mètres

    941 chambres  

    2400 mètres d’espace partagés : restaurants, café, garderie, magasins et salles de réunions modulables.  

    Diamètre extérieur 137 mètreS  

    Diamètre intérieur 105 mètres  

    Rampe 2,8 km avec 1% d’inclinaison

    Bibliographie


    Jodidio, P. (s.d.). Le Vortex : Architecture du cercle. Rizzoli Electa.

    Itten+Brechbühl. (s.d.). Vortex. Archiswiss. https://archiswiss.ch/architecture/vortex-ittenbrechbuhl/

    ArchDaily. (2015, novembre 1). Durig AG designs student housing for University of Lausanne. https://www.archdaily.com/769453/durig-ag-designs-student-housing-for-university-of-lausanne/55934ca3e58ece2fb50002c4-durig-ag-designs-student-housing-for-university-of-lausanne-image?next_project=no

    ArchDaily. (2020, juin 11). Vortex Student Housing / DURIG AG + Itten+Brechbühl. https://www.archdaily.com/941502/vortex-student-housing-durig-ag-plus-itten-plus-brechbuhl/5ee18861b35765c6d80002bc-vortex-student-housing-durig-ag-plus-itten-plus-brechbuhl-plan?next_project=no

    CPEV – Centre de promotion des études (2020, octobre). Vortex [Livret de présentation]. https://www.cpev.ch/sites/default/files/files-document/2020-10/CPEV_Vortex_livret_oct2020.pdf

    Université de Lausanne. (s.d.). Vortex : Se loger sur le campus. https://www.unil.ch/unil/en/home/menuinst/travailler/welcome-centre/vortex-se-loger-sur-le-campus.html