Le Parc du Simplon : La friche bien rangée

Duchosal Matteo & Terrapon Pauline

Transformer une friche industrielle en un morceau de ville connecté et affranchi de la voiture est une ambition rare en Suisse. Le Parc du Simplon est l’un des quartiers pionnier à avoir tenté de le réaliser.

Le projet de reconversion des friches industrielles s’inscrit dans les grandes ambitions de la stratégie de développement de l’ouest lausannois SDOL. D’après Xavier Blaringhem, du bureau KCAP, c’était « un site potentiellement bien placé, mais qu’il fallait pouvoir révéler »1, à travers un projet rassemblant les volontés des CFF, propriétaires de la parcelle, et de la commune. Pourtant une fois sur place, une impression plus ambiguë s’impose. Le quartier semble se tenir à distance de la ville ; une mise à distance subtile, presque involontaire, comme si le projet avait été pensé de l’intérieur vers l’extérieur, suivant ses propres règles plutôt que celles de la ville.

C’est à Renens, sur l’ancienne plateforme ferroviaire des CFF, à quelques minutes à pied de la gare, que cette ambition a pris forme. Les entrepôts et les infrastructures logistiques ont été démolis, le nouveau projet a fait tabula rasa. Seul le bâtiment « Cervin » conserve une affectation héritée du passé, son rez-de-chaussée abrite le centre d’exploitation chargé du contrôle du réseau ferroviaire. Sur le reste du site, un parking souterrain a été entièrement créé ex-nihilo. C’est cette dalle qui définit la nature même du projet : non pas un quartier posé sur un terrain, mais un morceau de ville suspendu au-dessus de lui.

Vue du site depuis l’accès à la gare de Renens © Terrapon Pauline

Quartier arrimé à la ville : Connecté mais distant

Comme le dit si bien Xavier Blaringhem, « Dans le cas de Renens, je  décris souvent le projet  comme « arrimé » à la ville, comme si il avait dérivé le long du rail et est accroché là  où il a trouvé de la place, donnant souvent un certain degré de déconnection ». Cette distance est d’abord physique. Le quartier piéton repose un niveau au-dessus de la route du Simplon, comme posée sur son socle. Depuis la route, les franchissements renforcent la sensation d’entrer dans un quartier isolé plutôt que dans une continuité urbaine. Les connexions les plus directes se font latéralement, depuis la passerelle de la gare ou depuis la station-service. Ana Carvalho décrit cette situation dans Tracés comme « un étrange sentiment de distance avec son environnement, tel un morceau de ville qui, pour ordonner le tissu urbain, se voit obligé de s’en éloigner »2.

Escalier reliant la route du Simplon avec le quartier © Terrapon Pauline

Le projet a crée un nouveaux parking souterrain, aujourd’hui largement sous-exploité. Son implantation réduit fortement la pleine terre, limite l’arborisation et transforme le paysage en une simple couverture technique. Ce qui était considéré comme de la pleine terre il y a dix ans, lors du concours, ne répond plus aux exigences actuelles, révélant ainsi les limites du projet.

Cour entre les bâtiments HHF, vue depuis la rue des Entrepôts @ Duchosal Matteo

La végétation délimite plus qu’elle n’habite : les bandes plantées servent à ponctuer les espaces plutôt qu’à créer de véritables filtres. Les jeunes arbres, ne jouent pas encore leur rôle ; leur développement étant limité par le manque de pleine terre. Comme le reconnaît Xavier Blaringhem : « Je regrette qu’il n’y ait pas eu de véritable collaboration avec les architectes paysagistes. »

Schémas illustrant les vides sur l’axe principal (rue des Entrepôts)

Le quartier et sa configuration produisent malgré tout une qualité urbaine rare. En bordure immédiate de la route et des voies, il est protégé des nuisances routières et ferroviaires grâce à la forme du bâti : Les bureaux CFF font front au voies, tandis que les bâtiments au sud s’implantent le long de la route du Simplon, créant ainsi un quartier calme et libéré des voitures.

Vue sur les voies @ Duchosal Matteo

Schéma illustrant le principe bâti du quartier

La séparation avec la route profite aux usagers. Un habitant3, architecte de formation, le reconnaît lui-même : « La rue du Simplon, […] ce n’est pas une rue très intéressante. Il faut être honnête. Alors que la connexion vers la gare permet de monter vers le village […] on arrive au marché, aux commerces, aux centres administratifs. » [Sic]. À l’intérieur du quartier, l’axe piéton est-ouest offre un confort quotidien apprécié « C‘est génial de pouvoir laisser les enfants jouer dehors !», confirme-t-il. Mais ce confort a une contrepartie : à force de se protéger de la ville, le quartier finit par lui tourner le dos.

Vue sur l’axe principal (rue des Entrepôts) depuis l’ouest du site ©Duchosal Matteo

Espaces collectifs sans centralité forte

Après la distance physique du socle, ce sentiment de distance se manifeste dans le manque de cohérence des transitions entre bâtiments, espaces publics et espaces privés, dont les articulations restent abruptes. Les seuils sont peu qualifiés et les petites places intermédiaires peu valorisées. Au rez-de-chaussée, les logements gardent leurs stores constamment baissés, révélant un rapport mal géré entre axe piéton, vie collective et logements. Les surfaces commerciales en souffrent également, peinant à trouver preneur et restent aujourd’hui partiellement occupées.

Vue sur l’axe principal (rue des Entrepôts) depuis l’est du site ©Duchosal Matteo

Le quartier dispose pourtant des ingrédients nécessaires à une vie collective. Toutefois, les aires de jeux, de sport ou d’assise, ainsi que la salle commune peinent à faire lieu. Est-ce une question de temps ? Pas seulement, les espaces de jeux pour enfants ont été « installés, puis grillagés, fermés », note l’habitant. La salle de quartier, sans équipement suffisant ni toilettes, ressemble davantage à un local résiduel qu’à un véritable espace partagé. Guillaume Dekkil4, ancien représentant du maître d’ouvrage, révèle un autre point : « Il manque un espace public identitaire, un lieu central. ». Ces manques suggèrent une appropriation peu encouragée et une forme de contrôle des usages spontanés.

Schéma illustrant le programme du site

Densité prudente, rez-de-chaussée négligés

La troisième distance est programmatique. Comme l’explique Xavier Blaringhem : « Si la densité ne se trouve pas en hauteur, elle se retrouve au niveau du sol ». A posteriori, un choix stratégique  aurait été de construire des bâtiments plus hauts, qui aurait permis de dégager davantage d’espace public et de mieux qualifier les rez-de-chaussée. 

Ces choix s’expliquent par les contraintes économiques et programmatiques du cahier des charges. Le quartier devait répondre simultanément aux attentes de la commune et aux objectifs de valorisation foncière des CFF, principaux promoteurs immobiliers de Suisse. Guillaume Dekkil le reconnaît : « Il y avait la volonté du maître d’ouvrage de valoriser sa parcelle ». Frédéric Meisser de Ferrari Architectes5 appuie : « On devait être hyper efficaces pour répondre au cahier des charges. »

Comment te sens-tu, Parc du Simplon ?

Le Parc du Simplon est loin d’être un échec. La qualité des mobilités douces et certaines situations résidentielles bien résolues, tel que les typologies des bâtiments HHF, produisent de réelles qualités d’usage. Mais il révèle une difficulté contemporaine : produire de véritables espaces collectifs dans un urbanisme où la rentabilité foncière conditionne fortement la forme bâtie.

Bien que le projet soit achevé et que certaines situations soient figées, l’ensemble offre encore des opportunités d’amélioration pour réduire ce sentiment de distance. La solution réside dans la capacité à laisser aux habitants une plus grande liberté d’appropriation de l’espace, afin qu’ils puissent eux-mêmes faire émerger ce centre identitaire que le quartier peine aujourd’hui à trouver.

Notes

1 Entretien datant du 4 mai 2026 avec Xavier Blaringhem du Bureau KCAP Zurich, gagnant du concours du plan urbanistique du Parc du Simplon.

2 Carvalho, A. (2022, 9 mai). Nur scheinbar alles wie immer. Espazium. https://www.espazium.ch/de/aktuelles/hhf-entrepots-renens. Consulté le 15 avril 2026. 

3 Entretien datant du 11 mai 2026 avec un habitant du quartier du Parc du Simplon.

4 Entretien datant du 11 mai 2026 avec Guillaume Dekkil, ancien représentant des CFF Immobilier, dans le cadre du développement du quartier.

5 Entretien datant du 24 avril et du 1 mai 2026 avec Frédéric Meisser, responsable du projet et associé chez Ferrari Architectes, Lausanne.

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